La pièce résonne de longs sons graves, des « vo-ou-a » mélodieux et un brin primitif. Pour produire ces curieuses notes, Florence Jacoby, enceinte de sept mois de jumelles, inspire profondément, encouragée par Florence Bruggey, animatrice de l'atelier de chant prénatal. Assises sur de gros ballons de gym, toutes deux accompagnent leurs expirations sonores de lents mouvements circulaires. Dans un sens, puis dans l'autre. Un exercice pour échauffer la voix et le corps.
Pour cette séance, Florence Bruggey a choisi un chant africain, hommage à la féminité. Pendant que sa chaîne hi-fi en diffuse les premières notes, elle inscrit les paroles sur son tableau blanc. Un refrain à répéter trois fois. « Les paroles tout comme la mélodie doivent être simples. Il faut que les femmes puissent, une fois à la maternité, se souvenir des chansons », précise-t-elle. Pas besoin d'être diva pour participer à l'atelier. « Les femmes pensent à tort qu'il faut chanter juste. Le plus important, c'est d'émettre des sons graves. Leurs vibrations agissent directement sur le bassin, comme un massage sur le bébé. Une relation s'instaure immédiatement entre la mère et son enfant. » Et les jumelles semblent réceptives : « Elles n'arrêtent pas de bouger. Celle du dessous me fait des chatouilles », s'amuse Florence Jacoby.
Autre bienfait du chant prénatal, selon Florence Bruggey, il rend plus supportables les contractions.
« Les vocalises permettent une détente du bassin et favorisent ainsi la dilatation du col de l'utérus. Elles agissent comme des dérivatifs à la douleur. Lors de mon premier accouchement, je n'ai d'ailleurs pas eu besoin de péridurale. » Florence Jacoby, elle, a pu tester l'efficacité du chant la semaine dernière. « J'ai eu de fortes contractions. J'ai commencé à souffler puis comme cela ne suffisait pas, j'ai fait des " o ", des " a ". Mon ventre est devenu plus souple. C'était impressionnant. » Mais de là, à se passer de péridurale... elle hésite encore. « Souvent les femmes sont gênées, elles n'osent pas chanter devant le personnel médical, peu formé à ces nouvelles pratiques, de peur de passer pour folles », regrette Florence Bruggey. Sur Strasbourg, aucune sage-femme n'est spécialisée en chant prénatal. ■