UNIVERSITES - La tâche s'annonce délicate pour cette présidente de chambre à la Cour des comptes...
Elle est plus connue sous l'appellation de «médiatrice». Son nom, Claire Bazy-Malaurie, était encore méconnu il y a quelques jours, avant que Valérie Pécresse
ne lui confie la délicate mission de négocier avec la communauté universitaire sur le décret réformant le statut des enseignants-chercheurs.
A 60 ans, cette magistrate est pourtant la première femme à avoir été nommée présidente de chambre à la Cour des comptes en 2006. Arrivée dans l'institution en 1980, elle s'était sentie observée comme une curiosité, rapporte le blog du
rosedanslegris, tenu par des femmes cadres supérieurs: «Il n'existe pas de misogynie particulière dans l'administration. Mais plus vous êtes proche des sphères du pouvoir, plus ça se complique...», aurait-elle alors déclaré.
Un «paravent»?
Les sphères du pouvoir, Claire Bazy-Malaurie en est de plus en plus proche. Certains estiment même que Valérie Pécresse lui a en quelque sorte cédé sa place dans le dossier épineux des enseignants-chercheurs. «Elle a mis un paravent entre elle et nous, c'est un aveu d'impuissance», déclarait à 20minutes.fr Jean Fabbri, secrétaire générale du Snesup, le premier syndicat de l'enseignement supérieur.
Claire Bazy-Malaurie, un paravent? «Sa neutralité est un énorme avantage, elle arrive vierge sur le dossier, confirme un autre syndicaliste, Yves Markowicz, co-secrétaire général de Sup'Recherche Unsa. Elle n'a pas d'a priori, pas d'idées préconçues.» Par contre, «elle a un gros handicap vis-à-vis de la communauté universitaire, ajoute-t-il: visiblement, elle n'y connaît rien.»
La nomination d'une médiatrice qui n'était pas elle-même membre de la communauté universitaire a pu en surprendre plus d'un. Au ministère de l'Enseignement supérieur, on renvoie sur la Cour des comptes quand il s'agit de la contacter. «Personne ne la connaît», remarque-t-on à la Conférence des présidents d'université.
Présidente du comité de suivi de la loi LRU
Si Claire Bazy-Malaurie a côtoyé les bancs de la fac pour préparer une maîtrise de droit et une licence de russe,
son parcours universitaire s'arrête là. Cette surdiplômée a opté pour l'ENA (elle a fait partie de la fameuse promotion Voltaire, en 1980, qui compta parmi ses rangs Ségolène Royal et François Hollande). L'éducation en général et l'enseignement supérieur en particulier n'apparaît ensuite dans sa carrière début 2008 lorsqu'elle est nommée
présidente du comité de suivi de la loi sur l'autonomie des universités. En ressortiront
18 recommandations, dont certaines très décriées par les syndicats.
«Claire Bazy-Malaurie est une personne qui prolonge la pensée de Valérie Pécresse, note Jean Fabbri. Son comité de suivi n'était autre qu'un comité de démantèlement de l'enseignement supérieur.» Plus modéré, Yves Markowicz de Sup'Recherche Unsa, reconnaît toutefois que le fait qu'elle ait présidé ce comité constitue son second handicap. «Certaines propositions, comme le mode d'élection du président d'université, nous ont fait dresser les cheveux sur la tête.»
Pas besoin d'être un expert pour dénouer une crise
L'intéressée refuse désormais de parler aux journalistes, car «elle se concentre sur sa mission», indique-t-on à la Cour des comptes. Un ancien compagnon de promotion à l'ENA, Renaud Donnedieu de Vabres, prend fait et cause pour elle. «C'est quelqu'un qui a un rayonnement personnel et un grand talent pour la négociation», confie à 20minutes.fr l'ancien ministre de la Culture des gouvernements Raffarin et Villepin (2004-2007). «C'est une personnalité forte, calme et avec une grande ouverture d'esprit.» Pas besoin d'être un expert pour dénouer une crise, selon celui qui occupe désormais un poste de conseiller municipal à Tours. «C'est comme un ministre. Il faut être au coeur des réalités avant d'être un spécialiste»...
La tâche s'annonce tout de même rude. Dès le lendemain de
la première rencontre entre Claire Bazy-Malaurie et les représentants de la communauté universitaire, une nouvelle journée de mobilisation était annoncée,
le 19 mars prochain.
Catherine Fournier