Yoann Gourcuff n'aura pas à jouer les diplomates, ce soir, pour que les Girondins tissent des liens avec l'Argentine. Son club dispose en effet déjà sur place d'un centre de formation, à San Francisco, dans la province de Cordoba. Créée en 2004, l'académie Proyecto Crecer (littéralement Projet Grandir) arbore sur ses murs le blason Marine et Blanc, signe d'un partenariat officiel qui puise son origine dans le recrutement de Juan-Pablo Francia en 1999 (voir ci-contre).
"Avoir une filière à l'étranger était dans l'air du temps, raconte le président des Girondins, Jean-Louis Triaud. Il fallait réunir trois conditions : trouver une pépinière potentielle donc un pays de football, qu'il n'y ait pas encore de concurrence, et que les gens sur place soient demandeurs d'une collaboration en toute confiance." Bingo : en Argentine, la province de Cordoba n'est sous l'influence d'aucun club européen, et les émissaires bordelais nouent vite des relations privilégiées avec le formateur de Francia, Julio di Meola. Cet ancien joueur professionnel international, reconverti entraîneur, dirige une petite école de football, sur laquelle Bordeaux jette son dévolu.
"Nous leur avons d'abord donné des ballons, des crampons, des maillots, car l'école manquait de tout", précise le directeur général des Girondins, Alain Deveseleer. De fil en aiguille, l'aide devient partenariat officiel. Bordeaux investit financièrement "dans un bâtiment d'hébergement et dans l'amélioration de la scolarité", pour un montant... "relativement modeste pour nous, car l'Argentine est alors en pleine crise et l'euro bénéficie de la double dévaluation du peso. L'investissement est minime au regard des fruits que nous récolterons peut-être un jour." Car à Proyecto Crecer, les Girondins ont "priorité de recrutement" sur les joueurs du centre de formation, sans que la direction souhaite en dire plus.
Aujourd'hui, l'école emploie dix personnes et accueille une soixantaine de joueurs âgés de 12 à 18 ans. "Régulièrement, nous accueillons quelques jeunes au Haillan, ainsi que les techniciens. Nous échangeons nos expertises, nous nous rendons aussi régulièrement sur place", poursuit Alain Deveseleer. Selon Jean-Louis Triaud, "il faudra compter huit à dix ans pour tirer les premiers bénéfices de cette collaboration", sachant que Proyecto Crecer fonctionne à plein régime depuis 2007.