Yvan Colonna a décidé d'être plus offensif que lors de son premier procès, fin 2007. Hier, le berger corse, jugé en appel pour l'assassinat du préfet Erignac, s'en est pris vigoureusement à Nicolas Sarkozy, au deuxième jour des débats. Interrogé sur sa personnalité, il a accusé le chef de l'Etat d'avoir fait « pression » dans le dossier. En juillet 2003, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, s'était publiquement félicité de l'arrestation de « l'assassin du préfet Erignac ». « La présomption d'innocence n'existe pas pour moi », s'est énervé Yvan Colonna, debout dans son box. La voix forte, il a reproché au président de la République de s'être « engagé à ce que je sois condamné ». « Ici, c'est un procès politique, un procès d'Etat », a-t-il lancé, estimant que « M. Sarkozy s'est invité au banc des parties civiles ».
Une diatribe que le président de la cour d'assises spéciale, Didier Wacogne, a eu du mal à contenir. « La cour ne subit aucune pression politique », a déclaré le magistrat, rappelant, « une bonne fois pour toutes » que « la cour d'assises, ce n'est pas le président de la République ». Déjà, en 2007, la défense de l'accusé avait fait valoir la dimension politique de l'affaire, en vain. Hier, Yvan Colonna a invité la cour à « un peu plus de combativité » qu'en première instance.
Auparavant, il avait expliqué que les membres de sa famille ne viendraient pas déposer pour l'interrogatoire de personnalité. « C'est moi qui le leur ai demandé », a-t-il précisé, estimant « un peu hypocrite de faire venir ma famille dire du bien de moi alors que ça ne sert à rien [...]. La question n'est pas de savoir si je suis un bon époux ou pas, un bon garçon ou pas, ce qui compte, c'est si je suis coupable ou innocent. » La cour a encore cinq semaines pour en décider.■Bastien Bonnefous■