Universités: «Le régime actuel est plein d'inégalités entre les enseignants-chercheurs»

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Publié le 10 février 2009.

INTERVIEW - Alain Renaut, professeur de philosophie à la Sorbonne (Paris IV), a participé à la commission chargée d'élaborer le décret réformant le statut des enseignants-chercheurs. Il explique à 20minutes.fr pourquoi des changements sont nécessaires...

En plus d'être professeur d'université, vous dirigez l’Observatoire européen des politiques universitaires. L'université française est-elle vraiment à la traîne?

Le niveau est quand même très bas. Pas un de mes collègues ne me contredira là-dessus. Nos universités sont dans un état de misère extrême. L'une des grandes différences entre la France et les autres pays à ce niveau-là, c'est l'étatisme. Nos universités sont publiques, c'est une bonne chose, mais ce sont aussi des universités d'Etat, où toute décision est centralisée. En Allemagne, il y a une tradition d'autonomie et de recrutement des enseignants depuis le 19e siècle. C'est venu un peu plus tard en Espagne et en Autriche. Que dire de l'Amérique du Nord, où l'évaluation des enseignants est en partie réalisée par les étudiants...

Le décret qui réforme le statut des enseignants-chercheurs peut-il vraiment améliorer le niveau des universités françaises?

Il s'inscrit dans la logique, en tout cas, de la loi sur l'autonomie. A partir du moment où on fait entrer le principe selon lequel les universités françaises se gèrent elles-mêmes, il faut bien que ce soit le cas aussi pour déterminer le service des enseignants-chercheurs. Actuellement, l'obligation d'enseignement est la même pour tout le monde, sauf exceptions: 192 heures de cours par an pour les travaux dirigés, 128h pour les cours magistraux. C'est un système égalitaire mais pas équitable. Certains doivent assumer en plus des activités administratives ou de recherche, qui ne sont pas prises en compte dans leur emploi du temps. L'évaluation tous les quatre ans prévue dans le décret permettra de dégager du temps à un enseignant pour qu'il mène à bien un programme de recherche par exemple. C'est notamment en cela que cette réforme permet d'améliorer le rayonnement des universités françaises.

Mais pour certains, ce décret fait de l'enseignement une punition...

C'est justement pour cela que Valérie Pécresse a apporté un ajustement, prévoyant qu'un enseignant qui n'a rien publié depuis des années ne pourra pas se voir imposer plus d'heures de cours que le service annuel de référence (cité plus haut, NDLR). Et quand on parle de publication, il ne s'agit pas forcément d'articles dans des revues prestigieuses mais de livres par exemple. J'en publie un tous les 18 mois, voire tous les ans, et ça ne m'empêche pas d'assurer la totalité de mes heures de cours. Mais il faut reconnaître qu'il y a tout de même des profils d'enseignants-chercheurs différents. Certains n'ont rien publié depuis quinze ans.

Ce décret n'introduit-il pas une forme de concurrence, contraire à la mission de service public d'un enseignant-chercheur?

Ce qui fait peur, c'est surtout l'idée que cette modulation de service soit décidée par le président de l'université et le Conseil d'administration (CA). Mais la réalité, c'est que les décisions seront prises au plus près de l'enseignant-chercheur, au niveau des départements, des UFR et de l'équipe de recherche. Le président et le CA vérifieront la légalité et la conformité des décisions qui sont prises, mais c'est tout. Avec entre 400 et 500 enseignants à la Sorbonne par exemple, ce serait impraticable qu'ils décident du sort de chacun. Par ailleurs, la situation ne reste pas figée pendant les quatre ans suivant l'évaluation. Le décret a été rédigé dans un esprit de «très grande souplesse». Mais il est vrai qu'il va falloir créer des contre-pouvoirs. Comme dans toute démocratie, il y a le pouvoir de la majorité et les droits de la minorité. On n'a peut-être pas encore réfléchi à ça.
Propos recueillis par Catherine Fournier
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