Les enseignants-chercheurs ont la parole

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Publié le 10 février 2009.

UNIVERSITES - «20 Minutes» a interrogé quatre d'entre eux sur le décret qui leur déplaît tant...

Les enseignants-chercheurs, appuyés par des étudiants, vont être à nouveau ce mardi dans les rues de plusieurs villes de France pour protester contre la réforme de leur statut, alors que Valérie Pécresse a annoncé qu'elle allait «retravailler» le décret modifiant ce statut. «20 Minutes» leur a donné la parole.

Florence Muri, enseignante-chercheuse en statistiques à l'université Paris-V-Descartes:

« A terme, il risque d'y avoir en France des pôles universitaires d'excellence et des petites universités dispersées ça et là. Les grandes facs concentreront les moyens nécessaires pour mener de front recherche et enseignement. Dans les petits établissements, les chercheurs n'auront plus les moyens suffisants pour travailler dans de bonnes conditions, c'est-à-dire se rendre à l'étranger pour suivre un colloque ou pour utiliser du matériel spécifique. Et donc ils publieront moins, ou leur travail sera jugé de piètre qualité par rapport à celui de leurs collègues des grandes universités. Donc, ils devront enseigner plus. Or l'enseignement se nourrit aussi de la recherche. Qui dit moins de recherche dit un risque de cours de moins bonne qualité. Ce sont les étudiants qui vont en pâtir. »

Philippe Simon, enseignant-chercheur en italien à l'université Paris-Sorbonne

« On veut nous faire croire qu'il n'y a pas d'évaluation aujourd'hui dans notre profession. C'est faux : entre le concours, la thèse ou les publications, nous sommes régulièrement évalués. Certes, le système peut être amélioré, mais pas à la hussarde. En concertation, pour définir des critères acceptables. Il est fondamental que la recherche puisse rester libre, et non dictée par de simples critères utilitaristes. Nous ne sommes pas là uniquement pour former des homines oeconomici [des hommes rationnels, producteurs de résultats]. D'autre part, il existe un risque de censure : Galilée était un universitaire brillant, on a vu comment il a été "évalué" par les princes de son époque et les chefs de l'Eglise (qui l'ont condamné à la prison à vie) ! »

Stéphane Tassel, enseignant en génie mécanique à l'université de Marne-la-Vallée

« On est en train de transformer l'enseignement en variable d'ajustement dans un contexte de pénurie. Comme les ressources humaines sont moindres, on va demander à certains de travailler davantage. C'est cela qui se cache derrière la modulation des services. On veut alléger le service de quelques-uns, prétendument de bons chercheurs, au détriment de tous les autres, qui devront donner plus d'heures de cours. Or certains chercheurs qui ne publient pas, comme les jeunes en début de carrière, ne sont pas pour autant déméritants. Ils ont juste besoin de temps pour que la connaissance arrive à maturation. Je n'avais pas vu la communauté universitaire aussi en colère depuis quarante ans ! Il est temps de dire non. »

Mohamed Mellouk, maître de conférences en mathématiques à l'université Paris-V-Descartes

« Si l'on demande à un enseignant-chercheur de donner davantage d'heures de cours à ses étudiants parce qu'il a peu publié - sous-entendu, il a effectué peu de travaux de recherche -, il n'y aura pas de retour en arrière possible. Il ne reviendra pas à la recherche, faute de temps. Ce n'est évidemment pas la quantité d'articles publiés qui fait de vous un bon ou un mauvais chercheur. La preuve, Albert Einstein a très peu publié dans sa vie, mais cela a suffi pour qu'il révolutionne le monde de la science !

Et puis faire comme si un mauvais chercheur serait nécessairement un bon enseignant, c'est considérer l'enseignement comme une punition. Il faut au contraire revaloriser les carrières enseignantes. »


Propos recueillis par Laure de Charette
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