PROCES - Il a voulu la tuer parce qu'elle ne souhaitait pas l'épouser. Mushtaq Amer Butt est jugé depuis ce mardi matin devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis...
Ils s’étaient rencontrés en juin 2004, dans une boutique de Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis. D’origine marocaine, Chahrazad Belayni, 18 ans, est étudiante en BTS de comptabilité. Une «fille belle, soignée et coquette», selon une amie. Mushtaq Amer Butt, Pakistanais, est son référent de stage et son supérieur. Ils tombent amoureux.
>>>>>> Retrouvez ici le témoignage de Chahrazad, interviewée par 20minutes en avril 2006.
En mai 2005, il souhaite l'épouser. Elle dit oui avant de se raviser. Des deux côtés, les pères s'opposent au projet de mariage. Chahrazad met fin au flirt en août 2005.
Amer Butt devient violent, il la menace de mort. Elle rencontre un autre garçon, Mushtaq devient incontrôlable, l'avertit qu'il va se suicider devant elle. Jaloux, il la harcèle au téléphone, l'attend à la sortie du lycée, la suit partout. Chahrazad se fiance avec son nouvel ami le 11 novembre 2005. Mushtaq attend Chahrazad deux jours après avec un bidon de 5 litres.
Aspergée d’essence
Le 13 novembre 2005, un dimanche matin paisible dans une rue déserte de Neuilly-sur-Marne, il roule près du domicile familial des Belayni. Il heurte volontairement la jeune fille avec sa voiture, avant de l'asperger d'essence et de mettre le feu à ses cheveux. Chahrazad est sauvée par des riverains alertés par ses cris.
Son corps est brûlé à 60%. Hospitalisée dans un état critique, elle est maintenue plusieurs semaines dans un coma artificiel. D’innombrables opérations de chirurgie réparatrice suivront. Une large cicatrice à la main gauche et une joue gauche boursouflée témoignent aujourd’hui de son calvaire.
Chahrazad, 21 ans désormais, sera confrontée pour la première fois depuis le drame à son agresseur, jugé de mardi à vendredi devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis.
Elle n’a pas eu la force de le rencontrer plus tôt, elle est encore très fragile psychologiquement selon ses médecins.
L'avocate de Chahrazad a demandé le huis-clos pour permettre à sa cliente de s'exprimer plus facilement et d'avoir une explication en face-à-face avec Amer Butt, âgé aujourd'hui de 28 ans. Le procès sera finalement public.
Une vie presque normale
La jeune fille «essaie de ne pas être dans la haine mais elle ne lui pardonne pas: c'est toute sa vie qui est gâchée même si elle n'est pas morte», explique Samia Meghouche. Mushtaq Amer Butt s'est constitué
prisonnier en novembre 2006 au Pakistan où il s'était enfui.
Plus de trois ans après, Chahrazad se fatigue rapidement mais tente de retrouver une existence presque normale. Elle a quitté son quartier de Neuilly-sur-Marne qui ravivait le souvenir douloureux de l'agression et vit à Paris où elle travaille à temps partiel dans une administration. Elle est devenue vice-présidente d'honneur de l'association Ni putes ni soumises pour «aider les femmes victimes».
Le 4 octobre 2002,
Sohane Benziane, 17 ans, avait été brûlée vive dans un local à poubelles de la cité Balzac, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) par
Jamal Derrar. En 2007, 166 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint et ex-conjoint. C’est aussi leur procès.
Avec agence