Quels sont vos rapports avec votre personnage fétiche ?
Je le supporte de moins en moins ! J'avais prévu de le faire disparaître dès la fin du premier roman. Mais comme j'ai trouvé qu'il n'était pas bien dessiné, je me suis lancé dans une suite. Puis j'ai connu le succès, par centaines de milliers de livres. « Montalbano ne t'appartient plus, il appartient à tout le monde », m'a dit un jour un lecteur. Alors j'ai continué, mais j'aurai le dernier mot. L'ultime roman de Montalbano est déjà écrit, il sera publié après ma mort.
L'été est ardent et le commissaire Montalbano vieillit...
Il souffre davantage de la fatigue. Montalbano n'est pas fatigué par son travail, car celui-ci n'a rien de routinier, mais d'avoir affaire à des imbéciles. Car plus le temps passe, plus il comprend que le crime est toujours stupide.
La mafia est présente dans vos livres, mais à la marge. Pourquoi ?
Ecrire des romans qui se déroulent en Sicile, de nos jours, en ignorant la mafia serait une erreur. Mais la mettre au premier plan est dangereux, car même un auteur quelconque peut alors transformer n'importe quel mafieux en héros.
Votre travail sur la langue a-t-il fait école en Italie ?
Si c'est le cas, j'en suis ravi. Contrairement à l'anglais ou au français, c'est une langue faible. Les dialectes sont à l'italien ce que la sève est à l'arbre. Mon ambition, si j'en ai une, est de faire revivre des dialectes perdus.
A 83 ans, pensez-vous à la postérité ?
J'ai vécu assez longtemps pour me souvenir du nombre d'auteurs aussitôt oubliés après leur mort. On dit « le phénomène Camilleri », mais moi je ne me suis jamais considéré comme un phénomène. ■* Fleuve Noir, 228 p., 19,90 euros.