Comme il l'avait annoncé la veille, Eric Besson a signé hier la circulaire permettant à des sans-papiers, victimes d'exploitation, d'obtenir des titres de séjour en échange d'une « coopération » avec la police pour aider à démanteler les filières d'immigration clandestine. Le ministre de l'Immigration a expliqué que le sans-papiers, une fois entendu par les services de l'Etat, disposerait d'« un délai de réflexion de trente jours pour pouvoir se soustraire à l'influence de ses exploiteurs et prendre sa décision de porter plainte ». La victime pourra alors recevoir une carte de séjour temporaire de six mois minimum, renouvelable jusqu'à l'achèvement définitif de la procédure judiciaire. « Si une condamnation effective est prononcée, a ajouté le ministre, la victime pourra obtenir une carte de résident de dix ans. »
Plusieurs voix se sont élevées contre ce projet. France-Terre d'asile a jugé ce « dispositif spectaculairement inefficace », prenant l'exemple des victimes des réseaux de prostitution qui peuvent bénéficier du même système : « Six ans après, elles sont toujours là, toujours sans papiers, simplement moins visibles sur les trottoirs, et elles travaillent dans des conditions plus dangereuses. » SOS Racisme s'est, pour sa part, déclaré inquiet face à « une officialisation des pratiques de délation ». Se pose également la question de la protection des personnes et de leur famille dans le pays d'origine.
« Je ne vous dis pas que j'ai découvert la pierre philosophale, a répondu Eric Besson, mais j'apporte un moyen supplémentaire pour briser la loi du silence. Il y a des victimes et il faut les aider à sortir de l'esclavagisme dans lequel on les a plongés. » ■