CRISE - C'était LE rendez-vous cathodique de Nicolas Sarkozy après la grève du 29 janvier. Face aux journalistes David Pujadas (France2), Laurence Ferrari (TF1), Alain Duhamel (RTL) et Guy Lagache (M6), le Président était invité à répondre aux inquiétudes des Français face à la crise...
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Au final, une seule véritable annonce, sur la taxe professionnelle des entreprises, et un rendez-vous, le 18 février, avec les partenaires sociaux. Tour d'horizon des thèmes abordés. Mais d'abord, une question, à laquelle Nicolas Sarkozy s'est employé à répondre:
C'est quoi un président de la République?
Entre deux pistes pour sortir la France de la crise et son soutien «total» à Bernard Kouchner, c'est un Nicolas Sarkozy plutôt plus calme que d'habitude qui en a en effet profité de l'émission pour expliquer le rôle du président de la République.
«Un métier très difficile», comme il s'est plu à le répéter tout au long de l'émission.
«Charles de Gaulle, vous pensez qu'il ne décidait pas tout?»
Cravate sur chemise blanche et costume bleu foncé, très présidentiel sur fond de drapeaux européen et français, tenant ses mains jointes mais recourant à des gestes pour appuyer son propos, le chef de l'Etat s'est voulu concret. Et d'expliquer qu'il a été «élu pour résoudre les problèmes», qu'il a «un travail à conduire», qu'il est «comptable de l'épargne des Français» et qu'il se doit d'agir «devant les injustices».
En clair, le patron c'est lui. Et ça, il l'a clairement expliqué, prenant exemple sur ses prédécesseurs: «Charles de Gaulle, vous pensez qu'il ne décidait pas tout? Après, il y a eu Georges Pompidou, vous connaissez ses rapports avec
Chaban-Delmas; il ne décidait pas tout? Et puis Valérie Giscard D'Estaing qui avait une telle idée de sa présidence que son Premier ministre (Jacques Chirac, NDLR) n'est pas resté longtemps. Et François Mitterrand avec Laurent Fabius et Michel Rocard, ce n’était pas lui qui décidait? (...)» D'ailleurs, a tenu à rappeler Nicolas Sarkozy, «je suis garant de l'ordre public» et c'est
pourquoi il a muté le préfet de Saint-Lô.
Enfin comme on lui demandait s'il lui restait «des doutes» quant à se représenter, le chef de l'Etat a répondu: «Oh que oui! Parce que mon métier est très difficile, il faut beaucoup d'énergie, beaucoup de force pour le faire et je consacre toutes mes forces à le faire le mieux possible. On fait un deuxième mandat parce qu'on a la force de porter un nouveau rêve et que les gens nous font confiance. Ce serait extrêmement choquant que j'ai pu (prendre) une décision aussi importante alors même que je ne suis même pas à la moitié de mon premier mandat».
Sur la crise
De nouvelles mesures sociales envisagées
Nicolas Sarkozy s'est encore une fois attaché à défendre son plan de relance économique, axé sur l'investissement et le financement des entreprises. A ceux qui réclament des mesures en faveur du pouvoir d'achat des ménages, afin de relancer la consommation, le chef de l'Etat a tout de même répondu par des mesures sociales, dont le contenu devra être discuté avec les partenaires sociaux, le 18 février prochain.
Le chef de l'Etat a ainsi a annoncé qu'il réfléchissait à une
suppression de la 1ère tranche de l'impôt sur le revenu pour aider les classes moyennes. Il a également évoqué une «augmentation des allocations familiales», et «pour les personnes âgées qui vivent seules ou les mères de famille seules», d'un «chèque emploi-service payé par l'Etat».
Au menu de la réunion du 18 février, également,
l'augmentation du montant d'indemnisation du chômage partiel, actuellement fixé à 60% du salaire brut. «Je préfère que les gens soient au chômage partiel et gardent leur emploi plutôt qu'ils soient licenciés», a-t-il souligné. Quant aux jeunes chômeurs, Nicolas Sarkozy a affirmé que l'Etat était «prêt à faire un effort» pour «mieux protéger» ceux qui sont en fin de CDD et qui ne retrouvent pas d'emploi du fait de la crise financière et économique.
Quelques jours après la mobilisation massive du 29 janvier, le Président tenait ainsi à désamorcer les critiques à l'égard du plan d'aide aux banques d'un montant 320 milliards d'euros (25 milliards utilisés pour l'instant). «Ça n'a pas coûté un centime d'euro» aux Français, a juré Nicolas Sarkozy, indiquant que cet argent avait été prêté contre des intérêts, qui rapporteraient
la somme de 1,4 milliard d'euros, «intégralement» affectée au financement de «mesures sociales». Par ailleurs, Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il écrirait dès le lendemain au président de la cour des comptes, Philippe Seguin, pour qu'il diligente des enquêtes sur la façon dont l'argent prêté aux banques avait été utilisé.
Toujours dans le sens d'une meilleure répartition des deniers à l'égard des Français, Nicolas Sarkozy a prôné une réflexion sur
un meilleur «partage du profit» entre les salariés et les actionnaires, demandant aux partenaires sociaux de parvenir à un accord sans quoi «l'Etat prendra ses responsabilités». Pressé par les journalistes, le chef de l'Etat a tout de même lâché qu'il était favorable à «la règle des trois tiers»: un tiers des bénéfices aux salariés, un tiers aux actionnaires sous forme de dividendes et un tiers réinvestis dans l'entreprise.
Sur la baisse de la TVA,
préconisée par le Parti socialiste et récemment adoptée par les Anglais pour relancer la consommation, Nicolas Sarkozy est par contre resté inflexible, rappelant qu'il était hostile à une baisse générale et que pour baisser la TVA sur les produits de première nécessité, il fallait l'accord des 26 membres de l'Union européenne.
Préserver l'emploi à tout prix
C'est la seule annonce de ce jeudi 5 février: Nicolas Sarkozy veut
supprimer la taxe professionnelle de toutes les entreprises françaises en 2010, parce qu'il veut que l'on «garde des usines en France». Rappelons que c'est un serpent de mer.
Jacques Chirac l'avait déjà annoncé en janvier 2004 par exemple, soulevant une vive protestation des collectivités locales. Anticipant la levée de bouclier immédiate de ces dernières, Nicolas Sarkozy a d'ailleurs ajouté dans la foulée qu'il faudra trouver un impôt de remplacement pour combler un manque à gagner de 8 milliards d'euros...
Le Président a eu également un mot sur l'aciérie Gandrange, assurant qu'il avait tenu la majorité de ses promesses.
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Assainir le système financier
Nicolas Sarkozy a répété qu'il voulait refonder le capitalisme et notamment
«changer» le système de rémunération des «traders». «Je suis plus choqué par le système de rémunération de ceux qu'on appelle les traders, que les présidents de banques. C'est ce système-là que je veux changer», a-t-il déclaré. Le chef de l'Etat s'est dit toutefois sceptique sur un plafonnement systématique du salaire des dirigeants, comme Barack Obama prévoit de le faire. «Mettre tout le monde sous la toise, je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure formule», a estimé son homologue français.
Sur le reste
Bernard Kouchner, Rachida Dati et Rama Yade...
Le Président s'est montré solidaire avec les membres gouvernement dans la tourmente. Après la publication d'un brûlot du journaliste Pierre Péan sur le ministre des Affaires étrangères, Nicolas Sarkozy a réaffirmé sa confiance à Bernard Kouchner. «A-t-il des ennuis avec la police? Non. A-t-il des ennuis avec la justice? Non», a-t-il martelé, rappelant que le French doctor ne pouvait pas être poursuivi pour prise illégale d'intérêts. Interrogé par Alain Duhamel sur une information du «Nouvel Observateur» selon laquelle la campagne de déstabilisation à l'égard de Bernard Kouchner émanerait notamment de l'Elysée, Nicolas Sarkozy n'a pas manqué de réparties: «Rappelez-moi, c'est le "Nouvel Observateur qui a écrit que j'avais écrit un SMS (à Cécilia, ndlr)?» Alain Duhamel en est resté sans voix.
Au sujet de Rachida Dati, le Président a écarté l'idée que le fait de lui demander d'être candidate aux européennes était une éviction déguisée. «Pour une sanction, c'est une drôle de sanction», s'est-il exclamé. Quant à Rama Yade, punie pour s'être refusée à cette destinée européenne, Nicolas Sarkozy a assuré qu'il ne lui en voulait pas. «L'amertume, la rancune, ça ne fait pas partie de mon vocabulaire.»
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