INTERVIEW - Sarkozy et Gandrange. C'était forcément l'un des points qui seraient évoqués ce jeudi soir, un an et un jour après le discours du président dans l'aciérie de Moselle...
Gandrange, l’épine dans le sabot de Sarkozy. Avant l’allocution télévisée, Luc Chatel, le secrétaire d’Etat à l’Industrie,
était à Metz pour signer une convention de revitalisation ( 682 emplois) et une convention d’ancrage territorial (validant des investissements de près de 30 millions d’euros d’ArcelorMittal). Le plan de restructuration de l'usine mosellane, décidé l'an dernier, prévoit la suppression d'ici à avril de 575 des 1.108 emplois du site.
«Un four va fermer, un four, pas le site, soyons précis, vous m'avez demandé d'être précis»,
a tonné Nicolas Sarkozy face à ses intervieweurs, avant de détailler tous les engagements qui ont été tenus ou presque. «Si on dit que je n'ai pas tenu promesse, c'est un mensonge. Je retournerai à Gandrange», a ajouté le chef de l’Etat.
Tout de suite après l’allocution, on a joint Jacky Mascelli, le délégué CGT. Devant sa télévision à Trieux, en Meurthe-à-Moselle, il a attentivement écouté Nicolas Sarkozy. Et il livre son sentiment à 20minutes.fr.
Que pensez-vous des propos du président?
Il dit qu’il n’a pas menti, que monsieur Mittal a pris des engagements ou est en train de les prendre. Je ne suis pas d’accord. On a encore vu aujourd’hui les deux conventions, de revitalisation et d’ancrage territorial, et on a comparé les chiffres aux promesses de départ. A l’origine, c’était 34 millions d’euros investis avec 124 emplois assurés. Aujourd’hui, c’est 30 millions et 119 emplois. Sur le seul laminoir qui subsistera, on tablait sur 10 millions d’euros d’investissements, on est à 8 millions. Sur le centre technique de formation, dont Sarkozy a parlé ce soir, qui doit former des jeunes aux métiers de la sidérurgie: les promesses du président s’élevaient à 5 millions d’euros et 120 jeunes formés, on prévoit maintenant 2 millions d’euros et 20 jeunes aujourd’hui. Sarkozy a menti.
Il n’y a rien de positif pour vous?
Ecoutez, quand il parle d’un centre de stockage et de captage du CO2, une des promesses pour créer de l’emploi à Gandrange, et dit que c’est possible, c’est sûr. Mais c’est possible en Allemagne, en Grande-Bretagne... S’il n’y a pas une réelle volonté derrière, ce sera des engagements sur du papier blanc. Le président nous avait dit qu’il prendrait l’exemple d’Alstom pour sauver Gandrange. Nous aurions pu être un tournant, l’exemple le plus flagrant qu’il y a une véritable volonté de soutenir l’industrie française. Mais Sarkozy nous a trompés.
Il reviendra à Gandrange.
Très bien. Mais il faut qu’il se dépêche, sinon il va trouver une entreprise déserte. Les 80 intérimaires ont déjà perdu leur emploi, beaucoup de sous-traitants ont commencé à licencier. ça, Sarkozy ne l’évoque pas. Sur les 43 salariés de Gandrange qui ont déjà été mutés sur d’autres sites du groupe (au Luxembourg et à Florange, ndlr), on constate une baisse de salaire pour 55% d’entre eux, et parfois elle atteint 250 euros mensuels.
L’avenir est sombre?
Oui. Il faut savoir que tous les engagements d’ArcelorMittal, tous les investissements sont liés à la situation économique. Et vu comment les choses se passent...
Recueilli par Mathieu Grégoire