IMMIGRATION - Le ministre se lance dans une guerre aux réseaux clandestins en poussant les immigrés à dénoncer leur passeur en échange de carte de séjour...
Il en avait parlé mercredi, c'est désormais officiel. Le ministre de l'Immigration a signé ce jeudi à la préfecture de police de Paris une circulaire ouvrant la possibilité à des sans-papiers d'obtenir un titre de séjour en échange d'une «coopération» avec la police pour le démantèlement des filières clandestines. «Lorsqu'un immigré clandestin est victime de proxénétisme ou fait l'objet d'une exploitation dans des conditions indignes et souhaite coopérer avec les autorités administratives et judiciaires, la possibilité d'obtenir une carte de séjour temporaire lui est ouverte», a déclaré Eric Besson à la presse à l'issue d'une visite à la préfecture de police de Paris.
La guerre aux passeurs
Une mesure qui s'inscrit parfaitement dans la guerre contre les réseaux d'immigration clandestine dont le nouveau ministre a fait son cheval de bataille. Alors que son prédécesseur, Brice Hortefeux, avait fait des expulsions son principal leitmotiv, Eric Besson compte agir en amont et bloquer l'entrée des clandestins dans l'Hexagone. Pour preuve, ses derniers déplacements.
En visite à Calais le 27 janvier dernier, le ministre avait annoncé «je vous le dis tout net, Sangatte n'a pas été fermé pour rouvrir même sous une forme édulcorée», avant de souligner sa ferme intention de «tarir» le flux de migrants. Mercredi, c'est sur la radio «Europe1» que le ministre affirmait, à nouveau, vouloir faire la guerre aux réseaux d'immigration en signant une circulaire donnant «aux préfets la possibilité d'accorder des titres de séjour provisoire aux clandestins victimes de filières clandestines qui décideraient de les dénoncer».
Une carte de séjour contre une condamnation
Ce jeudi, c'est à la Préfecture de Paris qu'il s'est rendu pour que lui soient présentés les nouveaux modes d'action contre les filières d'immigration clandestine et signer la circulaire. Le ministre a expliqué que le sans-papier, une fois entendu par les services de police, disposerait ensuite d'«un délai de réflexion de 30 jours pour lui permettre de se soustraire à l'influence de ses exploiteurs et prendre sa décision de porter plainte».
Ce n'est qu'une fois cette décision prise que «la victime pourra recevoir une carte de séjour temporaire» de six mois minimum, «renouvelable jusqu'à l'achèvement définitif de la procédure judiciaire», a-t-il dit. «Si une condamnation effective est prononcée, a ajouté le ministre, la victime pourra obtenir une carte de résident de dix ans». Eric Besson a insisté auprès des policiers qui l'écoutaient qu'il serait proposé à ces immigrants clandestins «non seulement un titre de séjour mais aussi un accompagnement social renforcé».
Se déclarant «choqué» par le terme de «délation» employé la veille par certains commentateurs de la circulaire, Eric Besson s'est récrié: «Les femmes battues qui portent plainte doivent-elles être accusées de délation? Ces clandestins doivent-ils rester dans leurs caves pour ne pas qu'on les accuse de délation?».
Eric Besson ne s'attaque pas aux raisons de l'immigration
France Terre d'Asile (FTA) avait jugé mercredi, dans un communiqué, «spectaculairement inefficace» le projet du ministre. Selon FTA, Eric Besson «reprend une idée de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, qui, en 2003, avait lancé une idée analogue en souhaitant protéger les victimes des réseaux de prostitution: "si vous dénoncez vos bourreaux, vous aurez des papiers".»
«La saillie médiatique du ministre doit être dépassée, il est nécessaire de répondre aux problèmes de fond, à la source des déplacements de population que sont le sous-investissement chronique de certaines régions, les déséquilibres économique et démographique, les questions climatiques ou encore les situations de guerre» ajoute FTA.
Maud Descamps avec agence