A elle seule, la mésaventure survenue à 153 lycéens de Saint-Quentin (Aisne), victimes de démangeaisons et de rougeurs en 2006, avait de quoi éveiller la curiosité. Les conclusions que vient de livrer l'Institut de veille sanitaire (INVS) ajoutent au mystère. L'organisme public retient comme hypothèse la plus probable « une réaction collective d'ordre psychogène » engendrée par un défaut de ventilation. En clair, la mauvaise qualité de l'air observée dans certaines classes a irrité une poignée d'élèves sensibles, puis l'inquiétude a gagné les esprits et déclenché des rougeurs d'ordre psychologique.
Incroyable ? Non, assez courant, rétorque le Dr Pascal Chaud coordonnateur de l'enquête de l'INVS. Le scénario observé à Saint-Quentin s'est produit récemment dans un collège de l'Oise et dans une école primaire du Pas-de-Calais. « En général, il y a à l'origine un élève qui se gratte, probablement parce qu'il est très sensible à la qualité de l'air. Puis, autour de lui, quatre ou cinq camarades s'inquiètent, des plaques rouges apparaissent. A la cantine, la rumeur se répand, cinquante élèves sont touchés », explique le médecin.
L'entreprise n'est pas épargnée. Etudié sous le nom de « syndrome des bâtiments malsains », le mal frappe surtout les zones climatisées. Ces derniers mois, des employés d'un laboratoire de l'Inserm en ont été victimes. Même phénomène dans un hôpital psychiatrique, où le personnel s'est plaint, mais pas les malades. En 2005, des malaises en série survenus au bloc opératoire d'un hôpital marseillais ont aussi été en partie expliqués par « l'inquiétude des personnels ».
La médecine sait identifier ces troubles : « Symptômes fugaces et sans cause organique plausible, touchant majoritairement de jeunes adultes de sexe féminin, diffusion rapide des symptômes par la vue et la parole, absence de source environnementale », énumère le rapport sur Saint-Quentin. Mais ce mal reste « très mal expliqué », avoue Pascal Chaud. La tête, ce grand mystère. ■