CULTURE - Nicolas Sarkozy le veut. Mais comment l'industrie culturelle peut-elle générer des profits? 20minutes.fr a interrogé éditeur, universitaire, directeur de festivals et de maison de disques, sur le sujet...
«Je veux que la culture soit notre réponse à la crise économique mondiale», a lancé Nicolas Sarkozy
lors de l’installation du Conseil de la création artistique animé par Marin Karmitz, ce lundi à l’Elysée. Une phrase qui n’est pas tombée dans l’oreille de sourds. Mais dans quelles mesures la culture peut-elle servir de ressort économique? 20minutes.fr a interrogé des professionnels sur le sujet.
Frédéric Gimello-Mesplomb, maître de conférences à l’Université de Metz, spécialiste de l’économie culturelle
«L’année dernière, un rapport commandé par l’Elysée a montré qu’une politique culturelle ambitieuse aurait des répercussions touristiques majeures pour la France. Nicolas Sarkozy a ainsi une vision très libérale de la culture, la voyant comme une vitrine pour le pays. Selon lui, la culture sert à accroître la visibilité de la France à l’étranger. Cela rappelle la politique d’
André Malraux (ministre de la Culture de 1959 à 1969, ndlr) qui voulait porter la voix culturelle française à l’extérieur. Or depuis la guerre du Golfe, la langue française a perdu de son influence. Ce n’est plus l’une des langues de travail des diplomates. Il faudra donc avoir une politique culturelle très agressive pour compenser cette baisse d’influence du français. L’autre point que Nicolas Sarkozy a en tête, c’est l’aspect industrie culturelle. Un exemple: l’univers du jeu vidéo fait un gros chiffre d’affaires annuel. Or un créateur de jeux vidéo est un artiste. Comme un technicien de cinéma. Ce créateur peut être une force économique importante si sa production se vend bien sur les marchés étrangers. L’Etat va donc essayer d’amplifier sa renommée via ses systèmes de récompenses, de médailles, de légions, pour faire connaître son nom à l’international.»
Bruno Smadja, créateur du Mobile Film Festival (dont 20minutes.fr est partenaire)
«La France et Paris sont l’une des premières destinations touristiques au monde. Et c’est notamment parce qu’on est plutôt riches culturellement (festivals, patrimoine, musées, etc.) Alors oui, cela pourrait être une source de relance économique importante. Quand les gens font cinq heures de queue pour entrer dans
l’exposition "Picasso et les maîtres", ouverte
même la nuit, c’est un cercle vertueux: ils paient leurs billets, qui pourront permettre des embauches dans le secteur culturel. Qui dit embauches dit réduction du chômage.»
Gilles Cohen-Solal, éditeur pour les éditions Héloïse d’Ormesson
«Faire de la culture un moteur de la relance économique, ça ne veut rien dire. Surtout quand, au même moment, on ferme des instituts français partout dans le monde. Si j’interprète les propos de Nicolas Sarkozy, je comprends qu’il veut donner envie aux gens de se divertir, pour leur faire oublier que c’est la crise. La culture ne génère pas d’argent, ni de profit, elle peut juste permettre aux Français de s’évader, le temps d’une exposition, d’un cinéma, ou d’un livre. Ce qui est étrange dans la constitution de ce Conseil de la création artistique, c’est qu’il n’y a aucun membre venu de l’écrit ou de l’édition. Si la littérature, la BD et les essais ne sont pas au cœur de la création, ça veut dire que le livre n’est pas dedans. Ça pose un problème, puisque pour qu’il y ait des films ou des pièces de théâtre, il faut bien que certains les écrivent.»
Bernard Miyet, président du directoire de la Sacem
«L’appétence culturelle et musicale du public, notamment sur le Net, ne s’est jamais démentie. Pour la transformer en pouvoir économique, il est nécessaire de lutter contre le piratage, afin de redynamiser la rémunération et l’indépendance des artistes. Le soutien aux spectacles vivants est également une piste de développement du secteur, de même que le traitement médiatique des évènements musicaux ou de la création musicale en général. L’audiovisuel public a un rôle important à jouer dans ce domaine. Car les arts et la culture sont des vecteurs d’espoir et, grâce à leur capacité à faire rêver, de consommation. Une France créative sera associée à une image d’excellence qui attirera les touristes et permettra un rayonnement culturel qui dopera l’exportation des artistes français.»
Alice Antheaume et Sandrine Cochard
Le 15 janvier dernier, 20minutes.fr avait
interviewé Pascal Nègre, président d’Universal music France. Celui-ci explique l'enjeu économique du disque: «La part de marché des enseignes spécialisées, comme la Fnac ou Virgin, chute moins que celle du marché du disque. Contrairement à celle des hypermarchés, qui ont paupérisé leur offre culturelle. La stratégie différente de Carrefour et de Leclerc est éloquente. Leclerc a créé des espaces culturels et a vu sa part de marché augmenter. A l’inverse, Carrefour, qui a réduit ses linéaires, est en flottement complet depuis 2/3 ans alors qu’historiquement, il était le deuxième vendeur de disques en France et talonnait la Fnac.»