Pour Christopher, Mamadou et Claire, c'était la première fois

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Publié le 30 janvier 2009.

« On a toujours l'impression qu'on peut déléguer aux autres l'expression de notre mécontentement, mais pas cette fois, maintenant c'est à nous de dire non. » Claire est assistante sociale à l'hôpital Avicenne de Bobigny (93). Vingt-deux années d'ancienneté pour 2 000 euros par mois, et pas vraiment la culture des manifs. Sauf hier.

Claire est venue défiler avec sa fillette - « son école est en grève » - pour dire que « trop c'est trop, le gouvernement veut réorganiser l'hôpital public, en réalité, il le casse ». Quatre collègues partis et non remplacés en 2008, deux en 2007 : « On absorbe, mais on fait n'importe quoi, on ne fait plus notre travail de protection et d'accompagnement des patients. »

Claire n'est pas une exception dans le cortège parisien. Beaucoup de manifestants sont venus battre le pavé pour la première fois. « J'en ressens le besoin », explique Christopher, 23 ans, opérateur dans une société privée de désamiantage à Puteaux (92), qui n'avait jamais manifesté de sa vie. « Mon patron profite de la crise pour m'imposer un nouveau travail sous prétexte qu'il n'y a pas de clients sur le désiamantage. Si je refuse, c'est la porte et le chômage », raconte le jeune homme payé 1 300 euros par mois pour « un travail pénible, avec toujours la peur d'être exposé à l'amiante ». « Je n'ai pas les réponses à la crise, mais je manifeste pour alerter le pouvoir, il faut que ça bouge ! », s'emporte Christopher qui compte se syndiquer « dès la semaine prochaine pour me battre ».

A 45 ans, Mamadou, éboueur à Paris, se lève « tous les matins à 5 h » pour 1 200 euros et « plus rien à la fin du mois, sauf les agios ». « Avant, je ne me sentais pas concerné par tout ça, mais la crise m'a réveillé », lance-t-il. Sur son fauteuil roulant, Kareen, 37 ans, se repère vite dans le cortège, entourée d'autres handicapés. « Infirme moteur cérébrale », elle vit avec « 652 euros d'allocations par mois ». « Je veux une vie décente et arrêter de me priver de tout juste pour pouvoir manger », explique-t-elle. Pourquoi manifester ? « Quand c'est la merde, faut tous y aller ! »

Avec ses dix-neuf ans dans l'Education nationale, Corinne, enseignante en maternelle à Arpajon (91), s'y connaît en manif, et hier, la jeune femme ne cache pas sa joie. « J'ai l'impression de revivre les grandes grèves de 1995 ou 2003. On est dans l'interprofessionnel, il y a du public, du privé, pas de corporatismes. C'est le mal-être français qui s'exprime, preuve que le peuple sait montrer à M. Sarkozy que quand il y a des grèves, ça se voit et ça s'entend ! » ■■Bastien Bonnefous

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