POLITIQUE - La décision passe mal dans la Manche où les responsables politiques locaux sont persuadés qu'il s'agit d'une sanction...
Jean Charbonniaud, préfet de la Manche, a été nommé, ce mercredi en Conseil des ministres, préfet hors cadre pour siéger comme membre du Conseil supérieur de l'administration territoriale de l'Etat. Une décision qui intervient deux semaines après la visite houleuse de Nicolas Sarkozy à Saint-Lô.
Coup de théâtre ce jeudi soir: on apprend que le directeur de la police de la Manche a lui aussi été muté. «Mon directeur central m'a appelé hier [mercredi, ndlr] soir pour me dire qu'il fallait que je sois remplacé, que je choisisse une autre affectation», a expliqué à l'AFP Philippe Bourgade qui ne sait pas encore où il va postuler.
Le président de la République s'était déplacé le 12 janvier à Saint-Lô pour présenter ses voeux au personnel enseignant mais le bain de foule attendu avait dû être annulé devant l'hostilité des manifestants. Les médias avaient alors surtout retenu des images d'affrontements entre lycéens et CRS.
La gauche locale estime que la mutation du préfet est directement liée à cette visite à Saint-Lô: «C'est une sanction, bien évidemment. Le préfet a été sanctionné parce que les manifestations à Saint-Lô ont été importantes. Le président de la République y a pris ombrage», a déclaré à l'AFP le député-maire de Caen, Philippe Duron (PS).
Jean Charbonniaud, qui avait pris ses fonctions en juillet 2008, «n'a pas fait le temps habituel d'un préfet et on l'envoie à un endroit qui ressemble plus à un placard qu'à une promotion», a expliqué Philippe Duron, selon qui ce haut fonctionnaire est considéré comme un proche de l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin.
«Très contre-productif sur le plan politique»
Du côté de l'UMP de Basse-Normandie, la décision passe également mal. «Cette mutation n'est pas une surprise mais je la regrette, déclare dans «Ouest-France» Philippe Gosselin, député de Saint-Lô. Très clairement, le président a été très énervé le jour de la visite, non pas tant qu'il y ait des manifestants mais par les sifflets pendant son discours. Le préfet est victime d'une perception exagérée de cette manifestation.»
Discours moins diplomatique chez le sénateur local, Jean-François Le Grand, par ailleurs président du conseil général de la Manche: «Cette décision est disproportionnée. Je trouve que c'est aussi faire fi avec beaucoup de légèreté de la représentation de l'État dans les départements. Et c'est aussi très contre-productif sur le plan politique», estime t-il dans «Ouest-France».
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