DECRYPTAGE - La journée de jeudi marque la première grande mobilisation sociale depuis le déclenchement de la crise et l'élection du président Sarkozy. 20minutes.fr fait le point.
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Quelles sont les revendications?
Elles sont multiples dans ce contexte de crise économique. De nombreux secteurs (lire ci-dessous) sont appelés à défendre l'emploi, les salaires, le pouvoir d'achat et les services publics. Les syndicats tout comme le Parti socialiste espèrent surtout contraindre Nicolas Sarkozy à infléchir sa politique anti-crise et à relancer la consommation plutôt que de prendre des mesures en faveur des banques et des entreprises. Les suppressions de postes dans la fonction publique sont aussi dans la balance.
Qui est appelé à manifester et à faire grève?
Fonction publique, éducation, transports, hôpital, justice, audiovisuel public, énergie... Les fonctionnaires et salariés de la fonction publique constitueront le gros des troupes jeudi. Mais cette fois-ci, le privé, particulièrement exposé à la crise avec l'explosion du chômage, sera aussi de la partie. Des syndicats de l'automobile, de la banque, de la grande distribution et même de l'opérateur boursier NYSE-Euronext,
appellent également à la grève...
A quoi pourra-t-on mesurer le succès de cette journée?
Le nombre de manifestants et de grévistes sera un premier indicateur. Les syndicalistes parient sur une mobilisation comparable aux défilés anti-CPE en 2006, qui avaient rassemblé de 1 à 2,6 millions de personnes. «Les syndicats affichent une unité suffisamment rare depuis les trente dernières années pour être soulignée, note Guy Groux, spécialiste du syndicalisme français. Mais le véritable défi pour eux est de montrer s'ils sont ou non capables de mobiliser les salariés du privé». Déjà, patronat et gouvernement minimisent: selon Laurence Parisot, la présidente du Medef, les «absences» de salariés dans les entreprises seront davantage liées «aux conditions de transports qu'à une volonté de faire grève». Au gouvernement, on souligne également qu'ils seront surtout nombreux à poser des RTT.
La grève de jeudi peut-elle se transformer en mouvement social?
Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, a prévenu: «Si le gouvernement n'entend rien et n'écoute pas, il y aura des suites». Sur ce point Guy Groux est sceptique: «Si les syndicats sont unis dans la protestation, ils peuvent être désunis dans la proposition. D'autant que les mots d'ordre de la grève du 29 sont très différents: les suppressions de postes dans la fonction publique et le chômage technique dans l'automobile n'ont rien à voir.» Le spécialiste parie plutôt sur des conflits très durs mais localisés dans les entreprises du secteur privé.
Quelle est la position de l'Elysée et du gouvernement?
La prudence est tout de même de mise. Hormis le ministre du Budget Eric Woerth, qui a demandé aux grévistes de «se retrousser les manches» plutôt que de «bloquer le pays», le reste du gouvernement comme le Président ont affirmé «comprendre les difficultés des Français» tout en maintenant le cap des réformes. Ils se sont également gardé de monter au créneau sur le service minimum. Il semble loin le temps où Nicolas Sarkozy ironisait en juillet dernier sur ces grèves dont «désormais personne ne s'aperçoit». Entre temps, la crise est passée par là, charriant de nombreux motifs d'inquiétude. Le mouvement lycéen et le risque de contagion avec la Grèce en décembre semblent également avoir échaudé le gouvernement. Depuis, le chef de l'Etat s'est même laissé aller à dire que «la France n'était pas le pays le plus simple à gouverner du monde», parlant d'un
«pays régicide», selon «Le Monde».
«Nous avons bien coupé l’herbe sous le pied de l’opposition en éteignant le mouvement lycéen (avec
le report de la réforme du lycée, ndlr), mais tout ce qui vient de la rue exprime une angoisse, il faut faire attention à toute contagion»,
confiait un proche du gouvernement mardi à l'Assemblée. L'impact de la grève de jeudi se mesurera peut-être dans l'annonce des détails de la mise en oeuvre du plan de relance du gouvernement
le 2 février à Lyon.
Catherine Fournier et D. C.