IMMIGRATION - Un pied dans la «jungle», le ministre s'est montré ferme, mais sans mesures concrètes. De notre envoyée spéciale à Calais...
C'est en homme pressé et précautionneux qu'Eric Besson a mis les pieds dans la «jungle» des migrants de Calais, ce mardi. Un terrain jamais exploré par le précédent ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux. «Je suis venu pour écouter et constater, écrit Eric Besson, sur le livre d'or de la mairie calaisienne. Je reviendrai au printemps pour décider et agir.»
Première sortie de terrain: dans les camps de fortune des clandestins installés sur la côte, en face de l'eldorado britannique. Quelques minutes suffisent à l'ancien socialiste pour y constater «des conditions de vie déplorable». Mais pas le temps de s'apitoyer davantage ni de songer à rouvrir un centre d'hébergement comme celui de Sangatte, fermé en 2002. «Il n'y a pas de place pour l'immigration clandestine dans notre pays.»
Les passeurs, des «tricheurs»
Sa politique? La fermeté. Il veut rendre la tâche impossible aux migrants en démantelant les réseaux de passeurs. «Ces tricheurs, ces menteurs, comme les qualifie le ministre, gagnent de l'argent en attirant les migrants.» Un trafic fondé sur «un mensonge quant à la réalité anglaise».
Ses propositions? «Plus d'hommes, de matériels, et de moyens sophistiqués» pour rendre étanche la frontière. «Au port, la sécurité est déjà extrême: détection des battements cardiaques dans les camions, de la présence de CO2», etc.
Du concret au printemps
Mais l'efficacité à 100% est impossible: «On ne peut empêcher une défaillance de la machine, ni une erreur humaine», selon un agent portuaire. «Cela fait six ans que les politiques essaient de bloquer le passage, sans résultat», déplore Sylvie Copyans de l'association d'aide aux migrants, Salam. Avec d'autres bénévoles, elle a rencontré Eric Besson à huis clos, mardi, et retient «un échange courtois, mais sans proposition réalisable». Pour cela, il faudra attendre le printemps.
Camille Robert (à Calais)
Hausse «Le nombre de migrants continue d'augmenter, constate la maire de Calais, Natacha Bouchart (UMP) qui a eu une entrevue avec le ministre, mardi matin. Ils sont environ 500 en ce moment. «Une trentaine tentent chaque jour le passage vers l'Angleterre à partir du port. Parfois, on en retrouve jusqu'à 17, entassés, dans le même camion.»
Eurotunnel annonce stopper 600 tentatives de traversée de la Manche par mois. En 2008, 360 passeurs ont été interpellés.