JUSTICE - Le trader est auditionné une dernière fois ce jeudi par Renaud Van Ruymbeke. «Le Parisien» publie une longue interview de l'ancien de la Soc Gén. Qui nie l'avoir donné...
L’arroseur arrosé? Jérôme Kerviel, le trader aux 5 milliards d’euros évaporés, dit avoir été piégé par deux journalistes du
«Parisien». Le quotidien publie ce jeudi matin une longue interview de l'ex-employé de la Société générale. Ou plutôt des extraits de six entretiens «longs, en tête-à-tête, au fil desquels le jeune homme a consenti à revenir, en détail, sur sa vie de trader, son expérience carcérale et sa vision du dossier judiciaire», précise le journal.
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«On cherche à me faire passer pour un dingue. Daniel Bouton [ex-PDG de la Société générale] m'a traité de terroriste», explique
Jérôme Kerviel. «J'ai le sentiment d'une instruction sponsorisée par la Société générale. C'est elle qui fournit les pièces sur lesquelles s'appuie le juge Renaud Van Ruymbeke. Les expertises indépendantes que nous réclamons sont refusées.»
«J'étais le rmiste des traders»
Kerviel s’épanche sur sa condition de trader: «Mon seul objectif, dans la vie, c'était de faire entrer de l'argent. Pas pour avoir des bonus pharaoniques. Sur ce plan-là, j'ai été l'idiot de base. J'étais même le rmiste des traders. Je n'ai jamais touché de bonus proportionnels à mes gains.»
Le rmiste des courtiers accuse ses responsables d'avoir fermé les yeux sur les positions « de plus en plus importantes et de plus en plus risquées » qu'il prenait sur les marchés. «C'est un peu comme si j'étais un circuit. La course se court en 365 tours et s'appelle Un an de trading. Mes commissaires de courses, ce sont mes supérieurs hiérarchiques. Je pilote une Ferrari équipée d'un moteur de fusée. A 365 reprises, je passe devant eux à 3 000 à l'heure. Ils ne disent rien. Ils ne voient rien. Vous y croyez, vous?»
Un témoignage fort, où Kerviel donne de nombreux détails: «Fin 2007, j’ai engrangé 1,4 milliard d’euros. Ce résultat, c’est de la trésorerie pour la banque. Tout le monde vient taper dedans pour se refinancer. Je couvre les pertes de plusieurs de mes collègues. Quand je les entends dire aujourd’hui qu’ils ne savent rien. J’ai vraiment l’impression d’être au bal des hypocrites.»
«Je n’ai jamais donné une seule interview de ma vie»
Mais, tous ces propos, Kerviel les dément ce jeudi matin sur
RTL: «Je n’ai jamais donné d’interview au journal "Le Parisien". Ces propos qui sont rapportés dans le journal ont été sortis de leur contexte, ils ont été vidés de leur sens. Je suis profondément scandalisé par ces pratiques. On a utilisé des propos privés qui ont été détournés de leur contexte et de leur sens».
Kerviel explique qu’il a toujours «décidé de réserver mes déclarations au juge pour l’instant (...) Je n’ai jamais donné une seule interview de ma vie.»
Quelques heures avant son ultime audition par Renaud Van Ruymbeke, chargé de l'instruction, il déplore cet entretien: «C’est probablement la dernière audition où mon avenir et ma vie sont en jeu. Je joue une grosse partie durant cette journée, c’est très dommageable pour moi de voir ce genre d’événement arriver.»
Contactée par 20minutes.fr, la journaliste du «Parisien» qui a recueilli les «confessions» du trader n'avait pas encore réagi. «Ce sont des bêtises. C'est le plan comm' de Kerviel», soupire une de ses collègues. La direction du journal a quant à elle affirmé à l'AFP que les déclarations de Jérôme Kerviel étaient «absolument authentiques».
«Il n'y a aucune matière à polémique, je dis halte au bal des hypocrites, selon Dominique de Montvalon, directeur adjoint de la rédaction. Nous avons le sentiment d'avoir servi l'information et pas desservi M.Kerviel».
L'off brisé
Les propos sont authentiques. La raison de cet imbroglio est ailleurs. Selon Nicolas Cori, journaliste spécialiste des questions financières, «"Le Parisien" a brisé une règle a priori importante dans le journalisme: le off. Il est clair que Jérôme Kerviel a rencontré un ou des journalistes du Parisien à plusieurs reprises. Tout comme il a rencontré d'autres journalistes (dont Nicolas Cori, ndlr). Dès le printemps dernier, d'ailleurs. Certains auteurs d'ouvrages sur l'affaire Kerviel, avaient rencontré l'ex-trader. Mais la règle était à chaque fois claire: les propos que tenaient Kerviel étaient off. Ce qui veut dire qu'ils ne devaient pas être reproduits tel quel dans la bouche de l'ex-trader.»
Une forme de protection en attendant les suites judiciaires. «Tout simplement parce que l'intéressé voulait se laisser libre de donner sa vision de l'affaire tout en ne se mettant pas en porte-à-faux avec l'instruction», écrit Cori.
Selon lui, «Kerviel avait été informé mercredi des intentions du quotidien. Il avait alors indiqué que s'ils publiaient ses propos sous forme d'une interview, il les démentirait. ''Le Parisien'' aurait fait mine de respecter la volonté du trader, pour finalement passer outre. Et provoquer la fureur de Kerviel.» Les affres du off.
M.Gr.