MIDEM - Le président d'Universal Music France fait le point juste avant le marché international de l'industrie musicale, qui débute ce week-end à Cannes...
Après une année 2007 record pour Universal, le bilan est-il aussi bon en 2008?
Universal va finir aux alentours de 36% de parts de marché, largement leader à dix points au-dessus de nos concurrents. Grand motif de satisfaction, nous avons continué à développer de nouveaux talents. Parmi nos meilleures ventes, on trouve Duffy, Renan Luce, Yjomas Dutronc, Mika… On parle là d’artistes qui ne vendaient pas ou peu il y a deux ans. Cette capacité à développer des artistes dans des genres différents est essentielle pour nous. Il n’y a pas que la Star Ac chez Universal Music.
Reste-t-il une place pour le CD?
Il y a toujours besoin d’une relation matérielle, même si avec 50% du marché en moins, la place du disque a forcément diminué. Aujourd’hui, on adhère à l’univers d’un artiste, on a envie de le revendiquer. C’est pour cela que nous développons le merchandising par exemple. Ce n’est pas seulement le tee-shirt qu’on achète après un concert, c’est beaucoup plus sophistiqué. Pour Mylène Farmer, Sony-Ericssson a par exemple monté toute une opération avec un téléphone spécial.
Les disquaires pourraient réduire la place dédiée aux CD pour les remplacer par des bornes de téléchargement par exemple…
Le disque reste un cadeau et je persiste à croire que le disque ne disparaîtra pas. Ce serait une erreur de la part des distributeurs de baisser leur part de disques physiques. Pour preuve: la part de marché des enseignes spécialisées, comme la Fnac ou Virgin, chute moins que celle du marché. Contrairement à celle des hypermarchés, qui ont paupérisé leur offre. La stratégie différente de Carrefour et de Leclerc est éloquente. Leclerc a créé des espaces culturels et a vu sa part de marché augmenter. A l’inverse, Carrefour, qui a réduit ses linéaires, est en flottement complet depuis 2/3 ans alors qu’historiquement il était le deuxième vendeur de disques en France et talonnait la Fnac.
Les Smashing Pumpkins ont déclaré qu’ils ne croyaient plus qu’en le téléchargement…
Les Smashing Pumkins font ce qu’ils veulent. Moi, je ne suis pas dans la croyance: 85 % des ventes de musique sont des disques. Peut-être que 15% leur suffisent. Dans ce cas, tant mieux pour eux.
Chez Universal aussi, le digital représente seulement 15% du marché?
Non, nous sommes en avance, cela représente 17 à 18 % de nos ventes. Malgré mon image ayatollesque, nous sommes la seule maison à avoir faire tous les deals possibles et inimaginables pour tester tous les modèles: Dailymotion, Deezer, Société générale, Neug Cegetel, SFR, Bouygues Telecom… Nous avons toujours été très agressifs. Parce qu’à l’arrivée, il n’y aura pas un modèle, mais des modèles. Mais pour savoir lequel va être adopté par le ou les publics, il faut tester et le public décidera.
Pensez-vous reconquérir la «génération perdue», qui n’a jamais été habituée à payer pour de la musique?
Ce concept veut que tous les moins de 18 ans n’achètent plus de musique. Or, nous avons vendu, en 2007, 650.000 albums de Tokyo Hotel. Je ne suis pas sûr que ce soit les 60 ans et plus qui se sont précipités dessus. Il y a des manières de consommer différentes, certes, mais il y a maintenant 9 millions de titres disponibles sur les plateformes légales.
La loi est-elle la bonne voie?
C’est une des voies. Je continue à penser qu’il y a cette voie, très pédagogique, où l’on parle directement à l’internaute. Je persiste à penser que l’autre étape est le filtrage qui consiste à faire en sorte que l’internaute n’ait même plus à se poser la question puisqu’il ne peut accéder aux sites d’échanges.
Et taxer directement les fournisseurs d’accès à Internet (FAI)?
Soit on pense, c’est mon cas, qu’en assainissant la situation, il y a des modèles économiques qui vont émerger. Aux Etats-Unis, 25% du marché du disque est digital. Ça commence à peser. Soit on peut aussi se dire qu’on ne va pas s’en sortir et aller faire la manche, en rentrant dans un modèle d’économie subventionnée. Donc en taxant.
Regrettez-vous qu’il n’y ait pas de répercussion de la taxe des FAI pour l’audiovisuel public sur la culture?
Si la loi sur l’audiovisuel apporte plus de liberté dans les programmes du service public, j’espère que celui-ci fera des émissions de variétés à 20h35, avec des concepts un peu nouveaux et récréatifs. Je n’ose pas imaginer l’inverse d’ailleurs, puisqu’il n’a plus la pression de l’audimat. D’une manière générale, il y a sans doute des projets novateurs à développer pour exposer de la musique à la télévision. On en a besoin.
Propos recueillis par Sandrine Cochard et David Carzon