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Christophe Girard: «Nicolas Sarkozy a une culture plutôt axée télé et presse people»

Créé le 14.01.09 à 17h55 | Mis à jour le 14.01.09 à 18h18  | 30 commentaires
La 7e édition de la Nuit Blanche parisienne à la Gare du Nord le 4 octobre 2008
La 7e édition de la Nuit Blanche parisienne à la Gare du Nord le 4 octobre 2008/Olivier Laban-Mattei AFP

CULTURE - Interview de Christophe Girard, adjoint au maire de Paris en charge de la culture, répond aux propos du Président, qui trouve que la politique culturelle de Paris manque d'ambition…

Nicolas Sarkozy a fait mardi ses voeux au monde culturel. Et a lâché des piques contre la politique culturelle de Paris. Réponse de Christophe Girard, adjoint au maire Bertrand Delanoë, chargé de la culture.

Paris ne peut pas se «réduire» aux Nuits Blanches et Paris plage, a lancé Nicolas Sarkozy. Comment réagissez-vous?
Je suis estomaqué. Absolument estomaqué que le Président ait pris la peine de se transformer en directeur des affaires culturelles de la ville de Paris, le temps de son discours à Nîmes. Ce n’est pas très républicain ni respectueux de réduire le travail des bibliothèques, musées et artistes de Paris aux deux événements culturels que Nicolas Sarkozy a vus: Paris Plage et la Nuit Blanche. Il veut s’occuper de tout, mais quand on veut s’occuper de tout, il faut savoir de quoi l’on parle.
 
Que voulez-vous dire?

Il a dit lui-même qu’il s'initiait à Stanley Kubrick en visionnant l’un de ses films pour la première fois. C’est très inquiétant de ne pas avoir vu avant «Orange mécanique», surtout quand, comme Nicolas Sarkozy, on a eu en charge le ministère de l’Intérieur et dû gérer la violence sociale. Globalement, il n’a pas du tout la culture de François Mitterrand ou Valérie Giscard d’Estaing. Mitterrand allait se promener sur les quais de la Seine pour fureter parmi les bouquinistes. Nicolas Sarkozy a une culture plutôt axée télé et presse people.
 
Quand Nicolas Sarkozy dit que la politique culturelle de Paris manque d’ambition. Fait-il, selon vous, allusion au budget consacré à la culture, au nombre d’expositions organisées, au rayonnement de Londres sur le marché de l’art?
Mais non voyons, c’est beaucoup plus simple que cela. Il est furieux de ne pas pouvoir contrôler Paris. Ce qui le fait souffrir, c’est de ne pas pouvoir être maire de la capitale en plus d’être président de la République. En outre, il ne peut pas comparer la politique culturelle de Paris avec celle de Londres puisqu’à cause de son emploi du temps, il ne reste que quelques heures dans les villes étrangères. Ce qui ne lui laisse pas le loisir de se rendre, par exemple, à une pièce de théâtre là-bas…
 
Quelles conséquences les propos de Nicolas Sarkozy vont-ils avoir, selon vous?

Nous allons continuer à travailler, même si nous savons que nous l’agaçons. Mais la plus embarrassée, c’est la ministre de la Culture, Christine Albanel…
 
Pourquoi?
Elle a organisé à Versailles une Nuit Blanche, c’est bien qu’elle trouvait l’initiative intéressante, contrairement à Nicolas Sarkozy. Mais elle n’a pas beaucoup de marge de manoeuvre. On est certes dans une période de vaches maigres, mais du temps où Jack Lang était ministre de la Culture, il avait le double de budget que l’existant. Et puis, cette idée de conseil pour la création artistique, c’est un coup de bluff, une machine à lubrifier qui a marché sur Marin Karmitz (chargé d'animer ce conseil, ndlr). Ce milliardaire de 70 ans est formidable dans ses cinémas mais il n’a pas la vision d’un trentenaire. Il veut juste être un ministre de la Culture bis. Ce qui va gêner Christine Albanel dans son action.
Recueilli par Alice Antheaume
 
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