CULTURE - Après l'annonce de sa création par Nicolas Sarkozy mardi, à Nîmes, 20minutes.fr fait le point sur les missions et l’organisation d'un tel musée...
Nicolas Sarkozy a-t-il parlé trop vite? Le chef de l’Etat a annoncé mardi la création d’un «
musée de l’histoire de France». Un projet que
le chef de l’Etat a dans ses cartons depuis août 2007. Les contours de ce nouvel établissement restent néanmoins à préciser.
Pourquoi créer un nouveau musée?
Il existe déjà plusieurs établissements spécialisés dans l’histoire de France. A commencer par un
musée de l’histoire de France, rattaché aux archives nationales, qui rassemble «les documents majeurs de l’histoire de France». Un autre, créé en 1833 sous l’impulsion du roi Louis-Philippe,
siège au château de Versailles. «Constitué d’un ensemble de grands espaces chronologiques et thématiques, il présente aujourd’hui des peintures et sculptures qui illustrent les grands événements et les grandes figures de l’histoire nationale, depuis le règne d’Henri IV jusqu’à la Première Guerre mondiale», précise le site.
Insuffisant pour Nicolas Sarkozy qui souhaite appréhender l’histoire de France de manière «cohérente». «En général, on l’attaque par petit bout, les pages glorieuses, les pages un peu plus délicates, alors qu’on devrait l’affronter dans son ensemble», a-t-il déclaré mardi à Nîmes. Ces deux établissements n’ont donc pas l’envergure du projet présidentiel. L’historien et membre de l’Académie Française Alain Decaux n’est pas du même avis que Nicolas Sarkozy. «Je suis étonné, surpris. Je n’en vois pas l’utilité parce que tout simplement Paris est un immense musée de l’histoire de France», a-t-il déclaré mercredi sur France Inter, insistant sur «le nombre de musées qui sont consacrés à l’histoire».
De son côté, Pierre Nora, également historien et académicien, estime qu’il est «toujours utile de faire connaître l’histoire». Si l’idée lui semble bonne, il préfère attendre de voir le résultat pour se prononcer. «Tout dépend du budget dont sera doté ce musée, de la personne qui le dirigera, de ce que l’on y montrera, a-t-il précisé à 20minutes.fr. Il ne faut pas faire une apologie béate et bêtasse de l’histoire de France mais une analyse raisonnée.»
Un musée sans adresse
Mais le chef de l’Etat est décidé. Il demande dès août 2007 à la ministre de la Culture, Christine Albanel, de réfléchir à la faisabilité d’un «centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France». La ministre mandate Hervé Lemoine, alors conservateur du patrimoine, pour étudier une implantation aux Invalides. «L’idée était de voir si nous pouvions nous appuyer sur le socle des quatre musées existant (des Armées; des
plans reliefs ; de l’histoire contemporaine et de
l’ordre de la Libération, ndlr) sans prendre leur place mais en aménageant les pièces vides des Invalides qui représentent environ 6.000 m2», explique Hervé Lemoine à 20minutes.fr.
Une idée qui ne ravit pas le directeur du musée de l’Armée, le général Robert Bresse. «Il ne faudrait pas donner l’impression que les militaires mettent la main sur l’histoire de France», a-t-il argué mardi. Selon lui, un tel musée aurait plutôt sa place à Versailles. Neuf mois après la remise du rapport d’Hervé Lemoine, en avril 2008, la question du lieu d’implantation de ce musée n’est toujours pas tranchée. Et aucun calendrier n’est établi. «Si le musée s’installe dans un monument déjà existant, cela peut aller vite. Dans le cas contraire, s’il est nécessaire de construire un nouvel établissement, cela demandera plus de temps et de moyens», souligne Hervé Lemoine. Pour l’instant, le budget de ce projet n’a pas été fixé.
Inspiré de l’Allemagne
Si beaucoup d’interrogations demeurent, Hervé Lemoine voit bien à quoi pourrait ressembler ce nouveau musée. «Il est nécessaire que les historiens soient associés et s’emparent de ce projet. Nous aimerions notamment aborder toutes les questions, même délicates comme la colonisation et la décolonisation, de l’histoire de France», détaille encore Hervé Lemoine. Mais la période étudiée n’est pas encore arrêtée. «En Allemagne, elle s’étend de l’âge de pierre à Angela Merkel», souligne Hervé Lemoine sans pouvoir affirmer s’il en sera de même en France.
En revanche, le rapporteur rêve d’un musée résolument moderne, interactif et ludique, avec des «documents sonores et visuels, des archives, des tableaux et toutes sortes d’objets du passé», à destination du grand public français et des touristes étrangers. Et de conclure: «Il ne s’agira pas d’un musée de l’histoire de France vue par le président de la République mais d’un moyen de mieux faire connaître la recherche en histoire.»
Sandrine Cochard