La médecine, nouveau serial killer?
Créé le 12.01.09 à 18h26
Mis à jour le 12.01.09 à 19h42
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SANTE - Entre affaires tragiques et effets d'annonce, le point sur les erreurs médicales en France...
Dix mille morts par an à cause d’erreurs médicales. C’est le chiffre qu’a avancé ce dimanche
Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital Beaujon et secrétaire national de l’UMP chargé de la Santé. Une statistique qui fait peur, mais qui ne repose sur aucune étude. 20minutes.fr se penche sur le problème avec deux médecins.
D’où sort ce chiffre?
Pour le Dr François Douchain, «c’est un chiffre balancé comme ça, qui ne repose sur rien de scientifique». Le président du collège des pédiatres des hôpitaux généraux et vice-président du Syndicat des praticiens des hôpitaux publics (SPHP) estime que ce genre d’annonce «relève plus de la contre-communication que de la réflexion». Son confrère, le Dr Dominique Courtois, président de l’Association d’aide aux victimes d’accidents corporels, rappelle en effet qu’il ne peut s’agir que d’une estimation, «puisqu’aucune déclaration officielle n’est obligatoire en cas d’accident médical», le chiffre annoncé ne peut donc être qu’une «extrapolation».
Est-ce crédible?
«Ca me semble un peu élevé, avance François Douchain, mais je ne vais pas me perdre en conjecture alors que c’est justement le reproche que je fais à ce genre d’annonce.» Un avis que ne partage pas tout à fait le Dr Dominique Courtois qui, au vu de son expérience en la matière, estime que «ce chiffre est tout à fait plausible.»
Y-a-til plus d’accidents médicaux actuellement?
Dominique Courtois pense qu'«il n’y en a pas plus actuellement que d’habitude», citant au passage de nombreux cas récents qui n’ont pas été médiatisés. Un sentiment partagé par François Douchain. «Cela fait des années que nous nous penchons sur le problème des accidents thérapeutiques, nous y consacrons même régulièrement des congrès», raconte le pédiatre.
Comment expliquer ces dysfonctionnements persistants?
Quitte à se mettre à dos l’ensemble de la profession, Dominique Courtois avance une explication: «En plus du manque de personnel, il y a un problème de compétence.» Les infections nosocomiales? «Mauvais lavage des mains.» Les erreurs de manipulation? «Conscience professionnelle en baisse.» Quant aux urgences, «alors qu’on devrait y mettre les personnels les plus expérimentés, ce n’est plus le cas aujourd’hui. D’où les problèmes de retard et d’orientation». Du côté du SPHP, on reconnaît que des ajustements en terme d’organisation sont nécessaires, comme le pointe le
Pôle santé sécurité soins. Mais ceux-ci ne peuvent être mis en place qu’avec «du personnel en nombre suffisant».
Que peut-on faire?
Pour réduire les risques, François Douchain prône la mise en place de procédures de sécurisation: «Les systèmes de prescriptions informatisées, les mesures de double contrôle pour certains médicaments dangereux ou encore les protocoles de soins systématiques» sont autant de pistes à développer ou à explorer. Autre idée: «La mise en place d’un organisme qui recense tous les incidents, car ils sont autant d’informations utiles pour éviter qu’ils ne se reproduisent.» Dominique Courtois abonde dans son sens: «Rendre obligatoire la déclaration de tous les accidents permettrait une sensibilisation du corps médical et augmenterait la vigilance face à des situations déjà signalées.» L’idée, selon lui, a fait son chemin aux Etats-Unis. Et avec succès, puisqu’il estime que «le nombre d’accidents médicaux a ainsi baissé de 30 à 50%».
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