Les blouses blanches l'attendent de pied ferme. Nicolas Sarkozy doit présenter aujourd'hui ses bons voeux aux personnels de santé, lors d'un déplacement à Strasbourg pour inaugurer le nouvel hôpital de la ville, un immense bâtiment tout de verre et d'acier. Une manifestation est prévue dans la matinée. Tant pis si le Président vient justement « assurer ces gens dévoués de son soutien total », selon l'expression d'un de ses conseillers. Les professionnels comptent rebondir sur les récents faits divers liés à des dysfonctionnements à l'hôpital pour crier le manque de moyens ressenti et la mauvaise organisation observée, y compris dans les hôpitaux dernier cri.
En l'espace de quelques jours, des erreurs humaines de réglage de perfusion, d'administration de médicaments, un manque de lit en réanimation et un encombrement supposé des urgences ont provoqué la mort d'enfants en bas âge et de personnes âgées. Ces dysfonctionnements relevés sont-ils dus à un effet de zoom médiatique ponctuel ou sont-ils révélateurs d'un malaise à l'hôpital ? La deuxième hypothèse semble la bonne, à en croire les spécialistes, et les chiffres.
D'après le médiateur de la République, chargé ces jours-ci de proposer un dispositif de médiation indépendant de la sphère médicale « dans un contexte de défiance à l'égard du système de santé », un patient sur dix rentrant à l'hôpital est victime d'un événement indésirable type infection, erreur de soins ou de diagnostic. Pire, un tiers des dix mille décès annuels causés par des actes médicaux pourrait être évité grâce à une meilleure organisation. Aujourd'hui le Président devrait préciser les contours du projet de loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoires » mis au point par sa ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. Les professionnels, eux, attendent surtout la promesse de moyens humains et financiers supplémentaires pour pouvoir travailler sereinement. ■