Décès d'un homme aux urgences: «Une autopsie aussi rapide, c'est très étonnant»

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Publié le 31 décembre 2008.

SANTE - Une enquête est en cours sur les conditions dans lesquelles un homme de 57 ans est mort, ce week-end dans l'Essonne, faute d'avoir été hospitalisé à temps. 20minutes.fr fait le point...

Les premiers résultats de l'autopsie du patient de 57 ans décédé dimanche matin à Paris après une longue recherche d'un lit en réanimation laissent penser qu'il n'aurait pas survécu même s'il avait été hospitalisé à temps, selon le parquet d'Evry. «Il faut rester très prudent», a précisé le parquet, mais «vraisemblablement si on avait trouvé une place, ça n'aurait pas changé les choses».

L'autopsie réalisée mardi après-midi a permis de mettre en évidence que le décès est dû à un problème cardiaque, et que son coeur était en «très mauvais état». «Il y avait peu de chances de le sauver», a-t-on expliqué de même source au parquet d'Evry, qui a ouvert lundi une enquête pour «recherche des causes de la mort», après une plainte contre X. Ces premiers résultats doivent être étudiés plus profondément grâce à des analyses complémentaires, qui prendront deux à trois semaines, et par un collège d'experts, comprenant notamment un cardiologue et un réanimateur, qui doit également étudier son dossier médical.

Selon Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), «une autopsie aussi rapide, c'est un record, d'habitude, ça prend cinq ou six jours». Il accuse la ministre de la Santé de se servir de la justice pour «protéger son projet de loi, qui signe la mort de l'hôpital public». «C'est répugnant de dire que cet homme serait morte de toute façon, ajoute-t-il. Ca veut dire que ça ne valait pas la peine de le soigner, ne serait-ce que pour lui faire gagner un mois ou deux. Ca me rappelle le discours tenu lors de la canicule de 2003.»


Retour sur le déroulement des faits


Quand cet habitant de Massy (Essonne) de 57 ans est pris samedi soir de difficultés respiratoires, une équipe du Smur de Longjumeau se rend rapidement sur place. L'état du patient, jugé grave, nécessite des soins continus dans un service de réanimation. Or, aucun lit n'est disponible à l’hôpital de Longjumeau. «En ce moment, c'est très tendu, comme tous les hivers», explique à 20minutes.fr Nicolas Briole, directeur du Smur 91.

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a soutenu lundi matin que cette nuit-là, «onze lits de réanimation étaient disponibles» dans les environs. Au Smur de Longjumeau, on ne comprend pas. «Quand on prend en charge un patient, on cherche à l'orienter d'abord vers le service le plus adapté, et si c'est possible, le plus proche, reprend Nicolas Briole. Deux fois par jour, avec les régulateurs, nous faisons le tour des lits: on appelle les services pour connaître leur capacité. Généralement, tout se règle très vite. Mais cette fois, il n'y avait pas de place, nous avons pourtant appelé jusqu'à l’hôpital de Chartres (à environ 65 km de là, ndlr).»

Solution temporaire

Le patient a donc été admis en salle de déchoquage des urgences de l'hôpital de Longjumeau. «Ce service est destiné à accueillir temporairement les malades graves, explique à 20minutes.fr Patrick Pelloux. Ce n'est pas une salle d’hospitalisation de longue durée, qui dispose de meilleurs respirateurs et de plateaux techniques plus confortables. Passés les premiers soins, il faut des réanimateurs spécialisés.»

L'état du malade s’étant brusquement aggravé, il est orienté vers l’hôpital Lariboisière, à Paris, pour subir une coronarographie. «Cet examen est fondamental, surtout pour une personne relativement jeune comme celle-ci, souligne Patrick Pelloux. Il permet de déterminer les soins que l'on va ensuite pouvoir lui prodiguer.» Le patient est décédé en arrivant à l'hôpital. Il devait ensuite être transféré à l'hôpital Bichat, où un lit s’était entre-temps libéré. Six heures après la demande du Smur. «Il est impossible de savoir si cette personne aurait survécu si elle avait eu une place en réanimation, conclut Patrick Pelloux. Mais ce qui est sûr, c’est qu'on n'a pas mis toutes les chances de son côté.»
Hélène Colau
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