SANTE - Le système hospitalier français est depuis une semaine au coeur d'une polémique après le décès de trois patients en Ile-de-France...
Ce mardi, la ministre de la Santé,
Roselyne Bachelot, a demandé aux Français d'avoir «confiance dans l’hôpital public», pour lequel «un effort financier considérable» est réalisé.
Cette confiance s'est en effet considérablement émoussée ces derniers jours, depuis
le décès le 24 décembre du petit Ilyès, 3 ans, dû à une erreur de médicaments. Ont suivi la mort d'une patiente de 85 ans à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, puis celle, ce week-end, d'un homme de 57 ans qui n'a pu être hospitalisé à temps dans l’Essonne.
Son épouse a porté plainte contre X pour «mise en péril de la vie d'autrui».
L'enquête est ouverte
Roselyne Bachelot a demandé lundi l'ouverture d'une enquête de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur ce dernier cas. «Onze lits de réanimation, situés à moins de vingt minutes du malade, étaient disponibles cette nuit-là», a assuré la ministre. Elle a toutefois refusé de s'exprimer plus largement sur une éventuelle responsabilité, concédant juste qu'en tant que ministre de la Santé, sa mission est de «faire en sorte que ces dysfonctionnements soient analysés et qu'ils ne se reproduisent plus».
La ministre de la santé a précisé, ce mardi sur RTL, qu'«en ce qui concerne les lits de réanimation, 95% sont ouverts alors que le personnel a droit, lui aussi, à des vacances». Elle a aussi promis de «continuer» les efforts, après avoir investi «un milliard d'euros dans la rénovation des urgences». Selon elle, la réforme de l'hôpital, qui sera présentée en janvier au Parlement, devrait aussi permettre une meilleure régulation grâce au «pilotage régional unifié». «Le nombre des services d'urgences ouverts ne cesse d'augmenter, a-t-elle précisé. 5.200 personnes ont été embauchées dans les services d'urgences dans les deux années qui viennent de s'écouler, 7.500 lits ont été créés. (...) Nous allons injecter dans les quatre années dix milliards d'investissements dans l'hôpital.»
Un discours qui fait bondir Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf). «En ce moment, il y a des pluies verglaçantes, les gens tombent, les services d’urgences sont pleins», assure-t-il. «Ce n’est pas 95% de lits ouverts qu'il faudrait, mais 100%, et même créer de nouvelles places. Il faut déclencher un plan reste dubitatif. «Je ne sais pas d'où sort cette histoire d’1 milliard investi. En ce qui concerne les 10 milliards promis, je crois que Mme Bachelot vit dans son monde idéal. Il n'y a pas d'argent. Sa réforme de l'hôpital, ce n'est ni plus ni moins que le début de la privatisation, une façon de se débarrasser du problème comme l'a fait Margaret Thatcher au Royaume-Uni dans les années 1980.»
«Dégradation de la qualité des soins»
Les réactions indignées, qualifiées par Roselyne Bachelot de «procès politicien sur le manque de moyens», fusent depuis le début de la semaine. Le Parti socialiste a ainsi sommé la ministre d'«apporter une réponse immédiate à la situation des services d'urgences en période de fêtes» et de «reprendre à la rentrée une concertation approfondie avec les personnels», qui ont «besoin de moyens».
Pour la Mutualité française, fédération des mutuelles de santé, cette vague de décès «illustre la dégradation de la qualité des soins en France». Plusieurs syndicats de médecins, dont l'Amuf, ont aussi pointé le manque de moyens et les restrictions budgétaire dans les services d'urgences et de réanimation.
La Fédération hospitalière de France (FHF), qui regroupe les hôpitaux publics, appelle cependant à «éviter les polémiques inutiles». Regrettant elle aussi les «contraintes budgétaires croissantes», la FHF estime que «mettre en cause globalement les hôpitaux publics (...) est profondément injuste et irresponsable». Elle dit attendre le résultat des enquêtes et soutient, comme la ministre de la Santé, que les hôpitaux «continuent à mériter la confiance des Français et à répondre à leur mission de permanence des soins».
Double pont
Enfin, l'association Samu de France s’inquiète de difficultés qui «risquent de devenir insurmontables dans les prochains jours» si le nombre de lits en réanimation n’augmente pas rapidement. Ceux-ci «ont été fermés tout à fait à tort pendant cette période de forte activité saisonnière», a-t-elle ajouté. Le Samu de France réclame un «appel des préfets et des présidents de l'Ordre des médecins aux généralistes afin qu'ils assurent leur obligation de continuité de soins». Car comme cette année, le Nouvel an tombe un jeudi, ils sont nombreux à prendre des vacances incluant le week-end précédent ou suivant le jour férié, soit un double pont. Le président de l'association, Marc Giroud, lance donc une «alerte rouge» et demande la réouverture de lits en réanimation.
Hélène Colau