ENQUETE - Le personnel était-il suffisant, les secours ont-ils tardé, le magnésium est-il en cause?...
Le petit Ilyes, 3 ans, était entré à l'hôpital St-Vincent-de-Paul pour une grosse angine.
Il y est mort, ce 24 décembre, dans des conditions qui font déjà polémique mais qui restent floues. 20minutes.fr fait le point sur les questions en suspens.
Le sous-effectif soignant: coupable idéal
D'emblée,
Patrick Pelloux, président du syndicat de médecins urgentistes (Amuf) est monté au créneau pour dénoncer les «problèmes considérables pour avoir du personnel en nombre». Une pénurie de soignants nuisible à la qualité des soins, qui pourrait avoir joué un rôle dans ce tragique accident. Pour l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), cependant, il n'y avait aucun problème de personnel le jour du drame. Dans un communiqué, la direction de l'AP-HP annonce en effet que le 24 décembre, «pour 11 patients à 19h» étaient présents trois infirmières dont une puéricultrice, trois aides-soignantes, un agent hospitalier et un cadre de soins. Soit un encadrement «adapté», loin du «manque d’effectifs dans les hôpitaux, en particulier pour ce qui concerne les postes d’infirmières» évoqué par Bertrand Delanoë.
Le délai d'intervention des secours: un possible retard
L'AP-HP affirme que les équipes de réanimation «sont intervenues immédiatement et ont mis en œuvre tous les traitements et manœuvres nécessaires à la prise en charge de l’enfant.» Le père d'Ilyes, pourtant, raconte qu'il a dû lui-même réaliser la «réanimation cardiaque» de son fils. Car si l'hôpital parisien assure que les secours ont été alertés «aussitôt que la dégradation de l’état de santé de l’enfant a été constatée», il dénonce un laps de temps durant lequel on ne l'a pas pris au sérieux. «Il n'a rien, votre fils», lui aurait-on affirmé alors qu'il tentait d'attirer l'attention sur la dégradation de l'état d'Ilyes, «c'est juste des somnolences». Un retard de prise en charge qui pourrait avoir pesé lourd dans l'efficacité de la réanimation.
Le chlorure de magnésium: un tueur inhabituel
Si tout semble incriminer
l'infirmière, qui a reconnu son erreur, plusieurs points sèment le doute dans la version retenue. Celle-ci aurait, par erreur, remplacé la perfusion d'Ilyes par une poche de chlorure de magnésium. Un produit qui n'est pas commercialisé sous forme de perfusions, mais seulement d'ampoules qu'il faut prélever à la seringue avant de la réintroduire dans une poche. Un produit qui, à la différence du chlorure de potassium, n'est pas connu pour sa dangerosité. Pour le centre anti-poison de Paris, contacté par 20minutes.fr, «les cas d'effets secondaires graves suite à l'injection de magnésium sont rares, et concernent des fortes doses, injectées rapidement». Ce qui impliquerait d'avoir réintroduit le contenu de nombreuses ampoules dans une perfusion, manipulation complexe et inhabituelle, pour une infirmière faisant état de plus de onze années d'expérience. Se gardant de toute spéculation, le médecin précise par ailleurs qu'«on ne peut écarter une autre cause foudroyante à ce décès, comme une méningite».
Les enquêtes de la police, de la Dass et l'audit interne de l'AP-HP devront faire la lumière sur ces zones d'ombre pour déterminer les circonstances, et donc les causes du décès du petit Ilyes.
Julien Ménielle