REFORME - Le Président a dû chambouler son programme économique pour l'adapter à la conjoncture catastrophique...
Selon Nicolas Sarkozy, son mandat devait être celui de la reconquête de la croissance. Un an et demi après son élection, la crise mondiale change la donne: l'objectif est désormais de limiter les dégâts. «Etre le président du pouvoir d’achat, ce n’est vraiment plus possible», reconnaît l'économiste Nicolas Bouzou. Et ce n'est pas le seul point du programme de Nicolas Sarkozy qui n’est plus d’actualité. C'est aussi le cas des mesures adoptées en 2007 dans le cadre de la
loi Tepa, dite «paquet fiscal». «Les chefs d’entreprise ne proposent plus d’heures supplémentaires à leurs employés, donc l'exonération de charges patronales sur ces heures ne sert plus», reprend Nicolas Bouzou. Idem pour le crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt immobilier, caduc à présent que ce marché est au plus mal.
«Réparer la toiture»
Pour l'UMP Hervé Mariton, membre de la commission des finances à l'Assemblée nationale, la crise n'excuse pas tout. «La situation actuelle ne nous dispense pas de réformes. Le gouvernement a très bien fait de mettre des limites aux 35 heures, mais il a manqué de discipline budgétaire. On n'a pas réparé la toiture avant l’orage, on en est à mettre des seaux un peu partout.» Un point de vue que partage le socialiste Didier Migaud, président de la commission des finances. Selon son cabinet, «la situation était calamiteuse bien avant la crise. Le pouvoir d'achat des ménages se dégrade depuis 2002. Et en 2007, les comptes publics ont continué à se détériorer alors que la croissance était supérieure à 2%.» Pour le député PS, le responsable est le paquet fiscal, une série de lois «injustes et inefficaces» à laquelle il serait temps de renoncer.
Si les promesses de campagne semblent désormais irréalisables, le
plan de relance de 26 milliards d'euros concocté par le gouvernement et examiné en Conseil des ministres vendredi 19 décembre est censé sauver l’économie du naufrage. «Ce plan prend en compte à la fois des éléments de court terme et de long terme, ce qui est rare, explique Nicolas Bouzou. L'écueil, c'est de vouloir à tout prix relancer la consommation, ce qui n'a aucun effet à long terme. En mettant l'accent sur l'investissement, Sarkozy prépare l'après-crise.»
«Il faudrait davantage d'aide à l'achat»
Hervé Mariton n'est pas tout à fait de cet avis. «C'est très bien de penser aux infrastructures, mais ces investissements à long terme ne changeront pas la conjoncture. La réponse à la crise est globalement bonne, mais il aurait selon moi fallu plus d'aide à l'achat pour les particuliers, sous forme par exemple de crédits d’impôts.» Le plan, en dehors d'une prime de 200 euros versée en anticipation du RSA, ne prévoit en effet pas de coup de pouce au pouvoir d'achat des ménages. «Même la Commission européenne a reconnu qu'il fallait relancer la consommation, ce n'est pourtant pas dans ses habitudes», rappelle le cabinet de Didier Migaud. «Si Nicolas Sarkozy présente ce plan de relance unijambiste, uniquement axé sur l'investissement, c’est par dogmatisme, pour ne pas avoir l’air de lâcher sur les dépenses publiques. Mais pour enrayer la crise, il faudrait consacrer 20 milliards au pouvoir d'achat, sous forme par exemple de prime pour l'emploi. C'est pourquoi les députés socialistes vont présenter un autre plan de relance, fin janvier.»
Mais les 26 milliards prévus ne risquent-ils pas, déjà, de creuser la dette du pays, que Nicolas Sarkozy avait promis de limiter? «Il n'y a pour l’heure plus d'objectif de réduction du déficit public, répond Nicolas Bouzou. Mais il serait bon de garder un œil dessus. Le gouvernement n'est pas clair là-dessus: il prévoit un déficit inférieur à 4% du PIB l'an prochain, ce qui n'est pas possible étant donné que nous sommes déjà à 3%. Pour établir ses prévisions, le gouvernement table sur une
croissance positive en 2009, elle aussi impossible.»
Hélène Colau