L'ultime tentative de George Bush pour redorer son blason

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Publié le 20 décembre 2008.

SLATE - L'introspection n'a jamais été le point fort du président Bush. "Je ne suis pas très à l'aise quand il s'agit de m'analyser", a-t-il expliqué à Robert Draper (auteur du livre Dead Certain). "J'essaie, mais je n'y consacre que peu de temps".

Toutefois, alors que son second mandat touche à sa fin, Bush prend progressivement contact avec son intérieur… Jeudi, à l'Institut de l'entreprise américaine, un think tank conservateur, Bush a promis de "partager ses pensées sur la présidence – les réflexions d'un type qui va quitter la ville". Il a aussi revisité les hauts et les bas de ses mandats ce mois-ci à l'occasion de plusieurs  discours. Si les écrits des journalistes sont les premiers brouillons de l'histoire, Bush est en train d'écrire celle-ci avec un gros stylo rouge.

Sa tournée se passe bien pour le moment, à une chaussure près. Lors de la conférence de presse de Bagdad, il a réussi à présenter l'accord sur le "statut des forces" entre l'Irak et les Etats-Unis comme l'aube d'une nouvelle ère et le crépuscule de l'ancienne. Dans un discours devant le US Army War College, il a dressé la liste de ses succès de politique étrangère : "un réseau de défense de notre patrie largement amélioré", "une réorganisation du système d'intelligence" et "une forte coalition de plus de 90 nations, la moitié du monde, engagée dans la lutte contre la terreur". A l'académie militaire de West Point, il a raconté l'histoire du 11 septembre, qui nous a conduit à envahir l'Afghanistan et ensuite, en tout logique, l'Irak. "Nous avons offert à Saddam Hussein une dernière chance de résoudre de façon pacifique le problème", a déclaré George Bush. "Il a refusé, nous avons donc agi avec toute une coalition de nations pour protéger nos peuples et nous avons libéré 25 millions d'Iraquiens". Pourquoi attendre que l'histoire juge ces évènements ? Tout est là.

C'est clair, le plan de Bush pour redorer le blason de l'héritage qu'il laisse s'articule autour de trois arguments
1.    La présidence de Bush ne s'est jamais écartée d'un principe de base : promouvoir la liberté.
2.    Des erreurs ont été commises, mais seulement au nom de ce principe inconditionnel.
3.    Bush a réussi à rendre les Etats-Unis plus sûrs.

Pour Bush, ce dernier point est le plus important. Un sujet qu'il a souvent abordé : l'absence d'attaque terroriste sur le sol américain depuis le 11 septembre. Il se repose sur cet argument bancal. Qui peut en effet dire à quoi ressemblent les plans d'Al-Quaïda ? Après tout, plus de 8 ans se sont écoulés entre le 26 février 1993, la première attaque terroriste sur le World Trade Center, et le 11 septembre. A ceux qui doutent, Bush donne une liste de complots déjoués : "une tentative de bombardement de réservoirs de carburant à l'aéroport JFK, un complot qui visait à faire exploser des avions de ligne qui devaient rejoindre la Côte Est, un attentat prévu dans un centre commercial près de Chicago et un projet de destruction du plus grand gratte-ciel de Los Angeles".

On comprend aisément pourquoi Bush compte sur l'Irak et la sécurité pour polir son héritage. Dans ces domaines, pas facile de le contredire. Ce n'est pas le cas en revanche pour l'économie. Ces derniers jours, on ne peut plus faire un pas sans tomber sur une terrible mauvaise nouvelle en matière économique : que ce soit justifié ou non, cela va inévitablement faire partie du bilan de George Bush. Pourtant, Bush essaie encore d'enjoliver la situation : "Difficile de critiquer 52 mois ininterrompus de croissance de l'emploi", a-t-il déclaré à l'Institut de l'entreprise américaine. Ca l'est, en effet. Mais il y a un petit hic : ce qui s'est passé après !

Bush admet finalement plusieurs erreurs – il avait du mal à le faire il y a quelques années. Mais de petites erreurs. "Quand je suis arrivé, je voulais changer le "ton" de Washington", a-t-il dit, "et pour être honnête, je n'ai pas vraiment réussi". Bien sûr, ce n'est pas lui le coupable. "Je ne me suis jamais servi de ma fonction de président pour dénigrer personnellement quelqu'un", a-t-il ajouté. La discussion à l'Institut de l'entreprise américaine était cordiale, il n'a donc pas été question de Katrina, des armes de destruction massive, d'Abou Ghraïb, de l'affaire Valérie Plame et de celle du renvoi des procureurs.

Bush a aussi prodigué quelques conseils au futur président. Assurez-vous que les informations arrivent au Bureau Oval de façon opportune. Laissez chacun s'exprimer et débattre, écoutez tous les points de vue avant de prendre une décision. Intervenez le moins possible sur l'économie de marché. L'auditoire était trop poli pour faire remarquer que, même selon certains conservateurs, l'administration Bush est connue pour : une mauvaise circulation de l'information, la faible place accordée à la dissidence et de trop grandes interférences dans l'économie.

Ce qui est paradoxal
dans le plan de réhabilitation dans lequel Bush s'est lancé, c'est que celui-ci n'arrête pas de dire que seule l'histoire pourra le juger. "Impossible de comprendre l'histoire de la présidence Bush avant ma mort", a-t-il expliqué à Draper. Il pense certainement qu'un petit coup de lustre sur son bilan lors de son dernier mois aux commandes ne peut pas faire de mal. Et ce n'est peut-être pas contradictoire de défendre ses actes et de reconnaître que ceux-ci seront au bout du compte jugés par l'histoire.

Ici toutefois,
le fait d'insister sur le verdict de l'histoire a un effet pratique : ça permet à ceux qui prennent les décisions de réduire à néant les critiques. Si vous croyez que les décisions d'un président sont mieux jugées sur leurs effets à long terme, laissez alors l'histoire se charger de son bilan. Mais si vous pensez que les présidents doivent être jugés selon leur capacité à apprécier une situation, à poser les bonnes questions et à faire des choix intelligents basés sur ce qu'ils savent, il n'y a dans ce cas pas de meilleur moment pour juger que le présent. Les historiens du futur, tout comme les présidents sortants, seront toujours libres de conclure que vous vous trompez.

Posté le jeudi 18 décembre sur Slate
Christopher Beam. Tradutions 20minutes.fr
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