Marc Levy : «On ne peut pas se tirer une balle dans le pied et dire après que cela fait mal»

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Publié le 19 décembre 2008.

CULTURE - Interview du romancier Marc Levy...

Huit romans à son actif, des ventes qui ne cessent de décoller, et une tournée internationale: Marc Levy est l’un des auteurs français les plus «bankable». A l’occasion du lancement de l’opération «En train de lire» organisée par la SNCF, et dont il est le parrain, l’écrivain revient sur la polémique suscitée par le journaliste américain Donald Morrison, qui annonce «la mort de la culture française».
 
Un récent sondage fait par l’institut GFK montre que la télévision est le divertissement favori des Français, devant le surf sur Internet et l’écoute de la musique. Et devant la lecture, qui n’arrive qu’en sixième position dans les activités. Qu’en pensez-vous?
La lecture ne bénéficie pas des mêmes moyens statistiques que les autres divertissements. Le livre s’échange, se prête, sans qu’on puisse le quantifier. Pour autant, on ne publie pas moins d’ouvrages qu’avant. C’est même plutôt le contraire. Il ne s’agit de pas de défendre la chapelle littéraire sous prétexte que je suis un romancier, mais en lisant, chaque lecteur se fait son propre film. Alors qu’au cinéma, par exemple on voit le film de quelqu’un. La lecture est individuelle, quand le cinéma demeure une activité collective. Vous n’imaginez pas le nombre de mails que je reçois des gens qui, parfois, n’ont lu que des classiques imposés à l’école, et soudain, se rendent compte que lire leur fait du bien.
 
Que lisez-vous dans le train?
Il n’y a pas d’auteurs qu’on lit dans le train et d’autres qu’on lirait à la plage. C’est très franco-français de penser que les lecteurs seraient plus bêtes en vacances au soleil que dans le métro ou dans leur salon. Quand je prends le TGV, je choisis un bouquin dans ma bibliothèque, trop content d’avoir cet espace de tranquillité que demande la lecture. Un espace-temps que le rythme de nos journées, très chargées, rend difficile à trouver. Quand est-ce que l’on a trois heures de trajet devant soi et que l’on peut être tout à soi et à la lecture?
 
Donald Morrison, dans «Time» puis dans un livre, a prétendu que la culture française était en train de mourir. Vous qui êtes publié dans 41 pays, quels commentaires cela vous inspire?
Il faut d’abord savoir quelle définition donner à la «culture française». Si c’est au sens de la culture de Saint-Germain-des-prés (le quartier de Sartre et Beauvoir, ndlr), oui, elle ne rayonne plus beaucoup. Mais cette définition a été prise en otage par un microcosme intellectuel parisien. A côté de cette culture germanopratine, il y a beaucoup d’artisans du cinéma, de la musique et de l’écriture qui se vendent très bien à l’étranger, mais dont, dans les médias à Paris, personne ne parle. Notamment Bernard Werber, Jean-Christophe Grangé ou moi.
 
Comment expliquez-vous ce décalage?
La presse américaine puise ce qu’elle sait de la culture française dans les hebdomadaires culturels de notre pays qui, eux, ne parlent pas de culture populaire. Patricia Kaas vient de faire une tournée triomphale en Russie, et ici, aucun journal de référence ne s’en fait l’écho. Plutôt que de blâmer «Time», il faudrait plutôt se tourner vers les rédactions de ces journaux français. Et leur dire qu’on ne peut pas se tirer une balle dans le pied et dire après que cela fait mal.
 
Donald Morrison liste aussi des critères selon lesquels il serait plus facile d’exporter des produits culturels. Comme parler d’amour ou de la mort...
Je ne partage pas son avis. Ce n’est pas le thème de l’histoire qui va affecter son universalité. Quand j’ai écrit «Les Enfants de la liberté», l’histoire de deux Juifs, séparés de leurs parents sous la France de Pétain, on aurait pu se dire «qui cela peut intéresser à l’étranger?» Résultat, ce roman a été traduit en 40 langues. Car ce que font les personnages n’empêche pas les lecteurs, qu’ils soient Libanais, Coréens ou Russes, de s’identifier aux personnages. La formule pour l’export? Je n’en sais rien et je ne me pose pas la question. Car être auteur populaire et se prendre au sérieux en se regardant écrire, ce serait antinomique. Mais c’est certain qu’en écrivant cinq pages de vocalises qui ne servent à rien dans un roman, j’aurais de grandes chances d’emmerder les lecteurs.
Recueilli par Alice Antheaume
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