INTERVIEW - Eric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, ne croit pas à la thèse afghane...
Eric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, ne croit pas à la thèse afghane pour
la tentative d'attentat de mardi au Printemps-Haussmann à Paris.
La revendication de la tentative d’attentat du Printemps par le Front révolutionnaire afghan (FRA) vous semble-t-elle crédible?
Absolument pas.
Elle ne peut émaner ni d’Afghanistan, ni d’un groupe islamiste.
Pourquoi?
Il suffit de
lire le communiqué. Les islamistes ne se disent jamais révolutionnaires, ne parlent pas non plus de «
grands magasins de capitalistes» (sic). Ils n’utilisent pas un vocabulaire marxisant que seuls des mouvements palestiniens ont pu utiliser, il y a plusieurs années.
Le mode opératoire n’est pas plus crédible: avec ces cinq vieux bâtons de dynamite qui semblent avoir été volés dans des stocks, on frise le canular. Par ailleurs, les islamistes ne préviennent pas aussi précisément de l’endroit où ils vont frapper.
Qui, alors, pourrait être derrière cette tentative?
Cela ressemble beaucoup plus aux modes opératoires des terroristes d’extrême gauche. Et il n’est pas exclu que cela soit lié aux
récentes attaques contre des lignes TGV.
>> Notre dossier spécial sur les sabotages à la SNCF, ici.
Peut-on parler de terrorisme d’extrême gauche en France?
C’est une menace tout à fait sérieuse. Il existe une véritable dynamique, impulsée par des groupes allemands, britanniques et américains. En France, depuis 2006, ce genre de groupes se montrent plus actifs. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, certains figurent sur la liste des organisations terroristes.
Combien de personnes appartiendraient à cette mouvance?
Je n’ai pas de chiffres précis. Ce que je peux vous dire c’est ce que ces groupes sont composés de gens plutôt jeunes, plutôt intellectuels. Ils évoluent dans l’éco-terrorisme et les franges les plus dures de l’animalisme ou de l’anti-capitalisme.
Mais pourquoi évoquer l’Afghanistan et ne pas procéder à une revendication claire?
Pour brouiller les pistes. C’est typiquement dans la tradition gauchiste de trouble à l’ordre public. Maintenant, cela peut aussi être le fait d’un individu isolé.
Eric Dénécé est l’auteur de «Les services secrets» publié chez EPA et «Renseignement et contre-espionnage» publié chez Hachette pratique.
Armelle Le Goff