POLITIQUE - Tout le monde en parle, mais sa date est sans cesse repoussée. En fait, il semble avoir déjà commencé...
C’est un peu l’Arlésienne du gouvernement, ce remaniement ministériel que tout le monde annonce mais qui semble ne jamais venir. On l’attendait en janvier prochain à la fin de la présidence française de l’Union européenne, puis pour mai voire juin 2009 suspendu à la décision stratégique de le faire intervenir avant ou après les élections européennes. Et Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a affirmé mercredi que «pour le président de la République, un remaniement […] correspond à un nouveau temps politique», temps fixé par Nicolas Nicolas Sarkozy à mi-quinquennat, c’est-à-dire fin 2009.
Mais déjà, des retouches s’imposent. Le 15 décembre,
Jean-Pierre Jouyet quitte son poste de secrétaire d’Etat aux Affaires européennes pour présider l’Autorité des marchés financiers (AMF). Pour compenser le départ de l’un des symboles de l’ouverture à gauche, l’Elysée semble avoir écarté Rama Yade, qui
a déçu Nicolas Sarkozy en annonçant qu’elle refusait de se présenter au scrutin européen. Et c’est Bruno Le Maire, député de l’Eure proche de Dominique de Villepin, qui tient désormais la corde.
Chaises musicales
A vrai dire, le remaniement a déjà commencé, avec la nomination de
Xavier Bertrand à la tête de l’UMP, en remplacement de
Patrick Devedjian, chargé lui du ministère de la Relance. Un intérim qui devrait se transformer en poste à temps plein le 24 janvier prochain, date du renouvellement des instances dirigeantes du parti, laissant vacant le ministère du Travail.
C’est ici qu’intervient Brice Hortefeux, qui pourrait se voir offrir un grand ministère des Affaires sociales, incluant
l’ancien portefeuille de Xavier Bertrand. Une hypothèse qui lui donnerait une dimension de futur Premier ministre potentiel, mais impliquerait de lui trouver un remplaçant au ministère de l’Immigration, les postulants n’étant pas légion.
Sièges éjectables
D’autres sièges devraient cependant se libérer dans les mois qui viennent. Comme ceux de Michel Barnier à l’Agriculture, et de Valérie Létard secrétaire d’Etat à la Solidarité, tous deux pressentis pour une candidature européenne. Restent les cas
Dati, Alliot-Marie et Boutin, plus vraiment en odeur de sainteté à l’Elysée, avec en prime un congé maternité qui se profile pour la garde des Sceaux.
Son entourage a fait savoir en novembre qu’elle ne s’arrêterait
qu’une semaine après son accouchement, prévu en janvier prochain. Et pour rassurer tout le monde, un proche de Nicolas Sarkozy assure que «le président considère que la crise économique nécessite que les uns et les autres restent aux commandes.»
Parité et diversité
Avec Rama Yade et Rachida Dati dans la tourmente, et les nominations de
Devedjian, Hortefeux voire Le Maire, assiste-t-on à la mort de la diversité au gouvernement? Il semblerait au contraire que Nicolas Sarkozy soit en recherche active d’un nouveau symbole. Profil recherché: une jeune femme, brillante et issue de l’immigration. Le nom de
Fatine Layt, ex-associée de Jean-Marie Messier, est évoqué.
Toujours
soucieux de s’entourer de femmes, le chef de l’Etat envisagerait aussi de promouvoir les bonnes élèves, comme Nathalie Kosciusko-Morizet ou Nadine Morano, voire sa conseillère Emmanuelle Mignon. Mais il pourrait aussi faire appel à des personnalités telles que Nicole Notat, ex-secrétaire générale du syndicat CFDT, actuellement PDG de
Vigeo.
Aller plus loin dans l’ouverture à gauche
Pas question non plus de faire une croix sur l’ouverture à gauche avec le départ de Jouyet. «J’ai souhaité l’ouverture, je veux continuer dans cette voie et même aller plus loin aujourd’hui», assurait fin novembre le chef de l’Etat, à l’occasion du
congrès fondateur du parti Gauche moderne de Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants.
Régulièrement cité, l’ex-ministre de Jospin, Claude Allègre, fâché avec ses amis socialistes, a de nouveau reçu en début de semaine
un hommage appuyé de Nicolas Sarkozy. La
rumeur envoie aussi André Vallini, porte-parole des députés socialistes, à la Chancellerie. En dehors de ce membre de l’équipe Aubry, peu de noms ont filtré. Jack Lang a, lui,
démenti toute participation. Sauf s’il s’agit de participer à des missions «de réflexion». Et si le PS est d 'accord.
Julien Ménielle