MUSIQUE – Un collectif de musiciens s'érige contre le «bombardement acoustique», qui sert d’outil de torture dans les prisons d'Irak, d'Afghanistan et de Guantanamo...
Cela s’appelle le «bombardement acoustique». L’expression désigne la torture par la musique, une pratique
usitée par l'armée américaine dans les prisons d’Irak, d’Afghanistan et de Guantanamo. La technique consiste à diffuser des morceaux dans les cellules, pendant des heures voire des jours. En boucle et très fort via des haut-parleurs.
Ce contre quoi s’érige la
campagne «Zero décibel project». Dans ce collectif, qui va instituer des moments de silence pendant les concerts et festivals de 2009, on compte des musiciens, dont Rage Against the machine et Bruce Springsteen, horrifiés d’apprendre que leurs titres
«Killing in the Name Of» et
«Born in the USA» font office d’armes de destruction psychologique des détenus.
Pas de type de musique en particulier, juste des décibels balancés à fond
Il n’y a pas que du rock et du hard rock parmi les morceaux plébiscités. Selon
la liste fournie par le site Reprieve, aux côtés de titres de Metallica et Aerosmith, figurent ceux d’Eminem, Dr Dre, Christina Aguilera et Britney Spears.
«Ce n’est rien d’autre que de la torture, explique le
musicien David Gray, cité par
«The Guardian». Le type de musique dont il s’agit n’importe pas. Cela pourrait être le plus fin des airs de Tchaikovsky ou
Barney le dinosaure (l’équivalent du Casimir français, ndlr), cela ne compte pas, cela vous rendra dingue dans tous les cas.»
Aucune séquelle physique
L’intérêt du «bombardement acoustique», c’est que ça ne laisse aucune trace sur le corps. Pour un effet pourtant très rapide. D’après une
note de service du FBI, il est possible de «briser» quelqu'un en quatre jours, en l'exposant alternativement à 16 heures de musique et de lumières et 4 heures de silence et d'obscurité. Désorientation assurée.
Et Binyam Mohamed, un prisonnier de Guantanamo, de raconter: «Il y avait de la musique avec des basses. "
The real Slim Shady" d’Eminem et Dr Dre pendant vingt jours, jour et nuit. Beaucoup de détenus sont devenus fous. Je pouvais les entendre se taper la tête contre les murs ou les portes.»
Ainsi conditionnés, les prisonniers seraient désormais plus promts à parler lors des interrogatoires. «Un terroriste entraîné dans les camps d’Al-Qaida s’attend à ce que nous employions la force. Il est y préparé. Amenez un seau d’eau et il se ferme complètement», a
déjà expliqué Matthew Alexander, un interrogateur de l’US Air Force envoyé en Irak en 2006. Les techniques se succèdent, la torture reste.
AA