ECONOMIE - Retour sur les principales annonces du chef de l'Etat...
Des mesures en veux-tu? Et bien en voilà. Nicolas Sarkozy a fait les choses en grand, de la grosse relance, genre frappe de mule dans le ballon. Le chef de l’Etat
a dévoilé ce jeudi à Douai un plan de relance très attendu qui prévoit d'injecter 26 milliards d'euros en 2009, financés par le déficit et donnant priorité à l'investissement.
Dans un discours prononcé à quelques pas d'une usine Renault érigée pour l'occasion en symbole de la tempête mondiale qui affecte l'activité industrielle et l'emploi, le chef de l'Etat a détaillé en une heure un arsenal qu’il qualifie
d’«audacieux» et «ambitieux», avec lequel il espère «surmonter la crise au lieu de la subir», voire même... en «sortir plus fort». En attendant, on va essayer de débroussailler tout ça.
Les grands travaux
Façon new deal, une relance des investissements de l'Etat, des entreprises publiques et des collectivités locales pour 11,5 milliards d'euros, au profit de grands travaux d'infrastructures: par exemple, le TGV Sud-Est Atlantique ou le Canal Seine-Nord «dont il convient qu'il arrête d'en parler, mais qu'on le réalise.» L'Etat et les grandes entreprises publiques en supporteront 4 milliards chacun, et les collectivités locales 2,5 milliards.
Sarkozy évoque pêle-mêle la rénovation des tribunaux, des hôpitaux, l'accélération des investissemens ferroviaires, fluviaux, de l'infrastructure autoroutière, l'augmentation du plan campus. Il parle de quatre lignes de TGV construites en parallèle entre 2010 et 2014, une première, dont la fameuse ligne Lyon-Turin. Il veut concrétiser ces projets qui «dormaient dans des cartons».
L’activité automobile
Pour soutenir l'activité du secteur qui multiplie les mesures de chômage partiel et les plans sociaux, il a confirmé le versement d'une «prime à la casse» de 1.000 euros en échange de l'achat d'un véhicule neuf peu polluant.
Sarkozy annonce une ligne de refinancement d'un milliard d'euros pour faciliter le crédit des acheteurs de voiture. Autre annonce, «u
n fonds de restructuration» de l'automobile destiné notamment aux sous-traitants sera doté de 300 millions d'euros dont 100 millions viendront de l'Etat. Enfin, «la France doit cesser d'accumuler du retard sur la voiture électrique».
Le bâtiment
Doublement du prêt à taux zéro et construction de 70.000 logements en plus pour 2009-2010, moitié de logements sociaux, moitié de logements intermédiaires. Les contraintes liées au droit de l'urbanisme seront aussi «temporairement, considérablement assouplies» avec une prorogation d'un an des permis de construire.
Marchés publics
Les procédures vont être plus flexibles: relèvement à 20.000 euros du seuil en-dessous duquel un marché public peut être conclu «sans aucune procédure». Le seuil de publicité à 90.000 euros, propre au cadre des marchés publics, est supprimé. Le seuil au-delà duquel s'applique obligatoirement la procédure d'appel d'offres pour les marchés de travaux passe de 206.000 euros à 5,15 millions d'euros.
Sarkozy: «Il faut sortir de cette folie administrative qui s'est emparée de la France sans commune mesure.»
L’Etat bon payeur
Il va rembourser par anticipation 11,5 milliards d'euros de dettes (crédit impôt-recherche, TVA, impôt sur les sociétés) aux entreprises.
Sarkozy: «Jusqu'ici, l'Etat faisait sa trésorerie sur le dos des entreprises. En 2009, l'Etat leur paiera ce qui leur doit, et leur évitera des problèmes de crédit. Au total près de 11,5 milliards d'euros qui viendront abonder dans les comptes des entreprises et leur permettront d'investir.»
L’emploi
Nicolas Sarkozy a annoncé une exonération totale des cotisations sociales pour les entreprises de moins de 10 salariés qui embaucheront en 2009 de salariés payés jusqu'à hauteur de 1,6 fois le Smic. Le gouvernement va également débloquer 500 millions d'euros pour accompagner les salariés qui ont déjà perdu leur emploi, notamment avec les contrats de transition professionnelle (CTP), ou victimes du chômage partiel. Enfin pas chômage partiel dit le chef de l’Etat: «Je préfère l'activité partielle au chômage total».
La «justice sociale»
Sarkozy a annoncé le versement d'une prime de 200 euros aux 3,8 millions de bénéficiaires potentiels du revenu de solidarité active (RSA), qui sera en place à la mi-2009.
Bilan
Sans surprise, l'enveloppe de 26 milliards (1,3 point du produit intérieur brut) annoncée jeudi sera pour une bonne part financée par un accroissement du déficit budgétaire de la France, qui frôle déjà la borne de 3% du PIB fixée par Bruxelles. Le chef de l'Etat a promis que ce dérapage, évalué à 15,5 milliards d'euros en 2009, serait limité l'année prochaine.
«Nous n'avons pas le choix. Aucune des dépenses que nous allons faire n'est récurrente et elles fabriquent de la croissance pour demain», a justifié Nicolas Sarkozy, en profitant pour lancer une nouvelle pique contre les règles de concurrence défendues par Bruxelles, qui tarde toujours à donner son feu vert au plan français de soutien des banques.
Sarkozy prévient: «Il ne s'agit pas de dépenser plus sur la durée, mais de dépenser vite ce qui aurait dû être étalé sur des années.» Il veut notamment mener en «deux ans» des projets qui sont en cours depuis «dix ans». Crise ou pas, le chef de l'Etat reste un
homme pressé.
Retrouvez le discours de Nicolas Sarkozy ici:
20minutes.fr