En maraude avec le Samu social

9 contributions
Publié le 4 décembre 2008.

REPORTAGE - 20minutes.fr a passé une matinée à sillonner Paris à la rencontre des sans-abri avec Thierry, chauffeur accompagnant social, et Céline, infirmière...

Un camping-car, des thermos d'eau bouillante, du café et des plats instantanés, des vêtements chauds et une mallette de soins. L'équipe du Samu social s'apprête à partir en maraude. Il est 9h ce mercredi et il pleut à verse sur Ivry-sur-Seine. Ils sont deux à embarquer pour battre le pavé parisien, à la rencontre des sans-abri.

Thierry est chauffeur accompagnant social. En deux ans, il a appris le métier «sur le terrain», et connaît son affaire. L'équipier idéal pour Céline, infirmière, qui ne maraude que depuis quinze jours. L'équipe de nuit n'a pas laissé de consigne particulière, ils sillonnent donc les rues et font la tournée des «habitués».

Le froid n'est pas le pire ennemi

Boulevard du Temple (3e). Thierry repère «le petit Kader», qui accueille l'équipe d'un franc sourire. Pas de soupe ni de plat chaud pour lui, mais il accepte un café et demande des vêtements «pour la prochaine fois». Thierry lui apporte des chaussettes, un t-shirt et un pantalon. Ce soir, Kader restera sur son matelas, calé contre la soufflerie d'un magasin. Il a bâché tout son matériel, sorti son parapluie, il est prêt à affronter la pluie et le froid.

«Ah c'est sûr que l'hiver, on parle de nous, remarque-t-il, mais le pire c'est l'été.» Kader s'explique: les hébergements d'urgence fermés, nulle part où manger, le véritable ennemi n'est pas le froid. De toute façon, il préfère encore ça à «la promiscuité et tout le bastringue» des centres d'accueil. «Les mecs bourrés et les seringues dans les chiottes», très peu pour lui.

«Crever dans la rue»

Boulevard Voltaire (11e), Bébert non plus ne veut pas entendre parler d'hébergement. «Je suis libre démocratiquement, dans mon corps, dans ma tête et dans mon cœur, et je veux pas qu'on m'emmerde», justifie le Gersois. Il ne parle pas de Céline et Thierry, dont il refuse poliment toutes les offres, mais de «la mère Boutin, qui veut nous faire emmener de force». Lui, il veut «crever dans la rue».

Thierry lui apprend que c'est ce qui vient d'arriver à un de ses amis. Bébert mord sa moustache et se signe, mais il n'ira pas à la cérémonie. A 60 ans, il en a vu, «des morts de la rue». Son empressement à changer de sujet et sa jovialité surjouée trahissent de la pudeur. La même que celle de Kader, qui annonçait plus tôt la mort de Francis, son voisin de trottoir.

Retour à domicile

La pudeur, Patrick s'en fout. Il laisse couler ses larmes tandis que René s'éloigne sur ses béquilles. Il va rester seul, rue de Grenelle (7e), mais «son pote» va pouvoir soigner sa jambe opérée qui lui fait souffrir le martyre. Céline l'avait placé sur la liste prioritaire pour un lit en structure médicalisée, elle vient de recevoir un appel du centre de régulation qui lui a appris qu'une place s'était libérée.

Le grand Hollandais ne se fait pas prier pour monter dans le camping-car. Il s'est fracturé la hanche voici deux semaines, et n'a pu se rendre à l'hôpital que deux jours plus tard. Dix jours après son opération pour une prothèse totale de hanche, on l'a déclaré bon pour le retour à domicile. René rigole: «Je leur ai dit, moi, que j'en avais pas de domicile, mais non... “Hop, tu dégages”.»

«J'ai même dû piquer une paire de béquilles dans une chambre vide, raconte René, parce qu'ils me laissaient partir comme ça.» Cette fois, Thierry et Céline lui promettent qu'on ne le lâchera pas dans la nature tant qu'il n'ira pas mieux. Il avait pourtant juré qu'on ne l'y reprendrait plus depuis qu'on lui avait volé son passeport et ses chaussures dans un centre d'accueil. Mais ce soir, René dormira au chaud.

Julien Ménielle
Mots-clés
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr