Hélène Franco: «On corsète la justice dans une réponse répressive»

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Publié le 3 décembre 2008.

REACTIONS- La juge pour enfants à Bobigny réagit aux proposition du rapport Varinard sur la justice des mineurs...

Interview de Hélène Franco, juge pour enfants à Bobigny et vice-présidente du Syndicat la Magistrature, alors qu'est remis à Rachida Dati, le rapport Varinard sur la justice des mineurs.

>> A lire également, les explications de Pierre Pedron, juge pour enfants au TGI de Paris et membre de la commission Varinard.

Que vous inspirent les propositions du rapport Varinard pour réformer la justice des mineurs?
Ces propositions remettent en cause la spécificité de la justice des mineurs en France. Ce rapport prévoit que les mineurs de 16 à 18 ans puissent être jugés comme des majeurs par un tribunal correctionnel, ce qui est contraire aux engagements de la Convention internationale des droits de l'enfant ratifiée par la France. Il y a aussi un problème d'égalité devant la loi. Il n'est pas prévu d'abaisser l'âge de la majorité, un mineur de 16 ans ne peut pas conduire, ne peut pas voter, et pourtant il peut être jugé comme un majeur.

>> A lire également notre reportage: «Jérémy, 12 ans, déjà délinquant?»

C’est un tournant pour vous?
La philosophie générale des 70 propositions résonnent comme si un enfant n'était pas éducable, comme s'il n'était pas susceptible d'évoluer favorablement. Les mineurs vont évoluer par paliers sans possibilité de retour en arrière. On corsète la justice dans une réponse répressive.

De quoi avez-vous besoin en tant que juge pour enfants?
Nous avons déjà tous les instruments à notre disposition. Sauf que depuis 2002, tout l'argent de l'Etat va dans les mesures d'enfermement, tous les crédits sont allés aux centres fermés ou aux nouvelles prisons, au dépend des centres en milieu ouvert ou des mesures éducatives. Tout découle d'une idéologie très précise qui consiste à ne plus croire en l'éducation. Dès le plus jeune âge, on veut mettre les mineurs dans des cases, on veut les stigmatiser. On s'en occupe sous le seul angle de l'ordre public menacé. C'est une approche comportementale qui ne s'attache pas au vécu ou à l'histoire des gens. C'est un projet de société, ce n'est pas le nôtre.

Les conséquences sont-elles déjà visibles?
Les juges voient arriver des jeunes majeurs de 18 ans qui n'ont fait l'objet d'aucune mesure de prévention durant leur parcours. Aujourd'hui, on paye cash l'absence de politique éducative.
Propos recueillis par David Carzon
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