Les SDF refusent d'être embarqués de force

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Publié le 28 novembre 2008.

De la tente vert délavé émerge une tignasse brune. Sammy a 28 ans, il vit le long de la Seine, derrière les péniches branchées du 13e arrondissement. « On veut nous emmener de force dans les centres ? Mais nous, on est en couple, avec un chien, on veut pas être séparés », répète-t-il, avant de s'engouffrer de nouveau dans son sac de couchage. Il est 15 h, et le froid est pénétrant. L'idée émise la veille par Christine Boutin, ministre du Logement, d'obliger les SDF à aller dormir dans un centre d'hébergement d'urgence ou un gymnase les nuits de grand froid fait pschitt auprès des personnes concernées. Dans la journée, le Premier ministre, François Fillon, a confirmé que la solution de la force était à l'étude, mais seulement en cas de danger vital.

Un peu plus loin, Kevin s'avance vers nous, une polaire sur le dos, rien de plus. « Ici, on peut dormir quand on veut, on est tranquilles », sourit le grand jeune homme tatoué, 22 ans tout juste. Arrivé à Paris il y a sept mois, après avoir grandi en Charente-Maritime, il nous montre sa « toile », « la bleue, pas loin de celle de Joe l'Africain ». L'idée de la ministre ? « C'est hors de question, on ne se laissera jamais faire. De temps en temps, je vais à la Mie de Pain : c'est la violence, le vol, les mecs sont bourrés, c'est horrible. » Et puis, « des clochards profitent que tu sois parti une nuit pour te piquer tes vêtements, tes chaussures... ».

Comme lui, ils sont des dizaines, cachés sous les ponts ou le périphérique, sur les quais, dans des endroits reculés et humides. « Les gens se cachent pour dormir. Déjà, s'ils veulent nous emmener de force, il faudra qu'ils nous trouvent ! », lâche Noredine, 43 ans, un guitariste rencontré dans un jardin public près de Bastille. « On habite quand même encore en France, le pays de la liberté ! Chacun a le droit de faire ce qu'il veut, c'est pas Vichy. » Lui, vit deux rues plus loin, près des pompiers. « Les gens me connaissent, me donnent des choses, c'est mon quartier. Je veux pas partir de là. »

Laure de Charette - ©2008 20 minutes
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