Euthanasie: «Il n'existe qu'un droit à la mort individuel»
Créé le 26.11.08 à 17h26
Mis à jour le 26.11.08 à 18h19
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INTERVIEW - Jean Leonetti, auteur de la loi sur les droits des malades en fin de vie, a publié un recueil de témoignages sur le sujet...
On connaissait Jean Leonetti médecin, on le savait député UMP et auteur de la loi portant son nom sur
les droits des patients en fin de vie. Voilà qu'on le découvre écrivain, puisqu'il a publié le 21 novembre un essai intitulé «A la lumière du crépuscule». Dans ce recueil de témoignages sur la fin de vie, il répète sa position contre l'euthanasie et déplore l'instrumentalisation des cas médiatisés. Parmi ceux-ci, il évoque le «paradoxe» de
Chantal Sébire, dont il annonce qu'elle a refusé un traitement qui aurait pu la guérir. Jean Leonetti est revenu sur son ouvrage pour 20minutes.fr
Qu'est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre alors que vous dirigez la mission d'évaluation de votre loi sur la fin de vie?
J'ai voulu écrire un texte qui soit une pédagogie de la complexité et de la diversité. Le grand public n'a eu connaissance que de cas particuliers médiatisés qui ont suscité de l'émotion, mais qui ont été présentés de façon simplifiée. J'ai voulu montrer que la réalité est plus diverse. Que chaque vie est individuelle, et chaque mort aussi.
Vous dénoncez la médiatisation de cas particuliers, mais n'est-ce pas ce que vous faîtes dans votre ouvrage?
Si j'avais fait un spot télévisé, on aurait pu me faire ce reproche. Là, il n'y a aucune image. Le vrai danger, c'est de vouloir tirer une conclusion générale d'une émotion particulière, en l'occurrence je ne fais que démontrer la diversité des émotions qui doit nourrir la réflexion.
Par vos prises de positions marquées contre l'euthanasie, ne craignez-vous pas d'être accusé de subjectivité?
Dans le cadre de la mission d'évaluation de la loi sur les droits des patients en fin de vie, nous avons travaillé sans tabous. Nous avons invité des députés de tous bords, et écouté les avis les plus divers. Nous nous sommes même rendus en Belgique ou en Hollande, qui ont adopté des législations radicales. J'en suis revenu conforté dans mon idée qu'il ne faut pas dépénaliser l'euthanasie, puisqu'aux Pays Bas, par exemple, la mise en place des soins palliatifs amène le pays à s'interroger sur sa pratique de l'euthanasie.
Au sujet de Chantal Sébire, vous soulignez le «paradoxe de demander la mort à la médecine après avoir refusé par peur de la mort la chirurgie qui aurait pu la guérir», c'est un peu dur...
Non, ce n'est pas dur, j'ai simplement voulu souligner le fait que, dans ce domaine, on peut vouloir une chose un jour et son contraire le lendemain. Dans les situations de fin de vie, il n'est pas rare que l'attitude change. C'est même souvent le cas dans les derniers instants. Je veux montrer que, quand l'idée n'est pas établie, on ne peut pas accéder à des demandes de mort.
Vous évoquez le «droit à la vie», mais si la mort fait partie de la vie, n'existe-t-il pas un «droit à la mort»?
Il existe deux types de droits en la matière. Le droit de liberté permet de mettre fin à ses jours. Il n'existe qu'un droit à la mort individuel. En revanche, le droit de créance, c'est à dire ce qu'on peut réclamer à la société, ne concerne que le droit à la vie. Il existe une jurisprudence européenne sur ce sujet avec l'
affaire Pretty, une Britannique atteinte d'une maladie neurologique qui avait demandé que l'on autorise son mari à l'aider à se suicider, ne pouvant le faire elle-même.
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