Le doyen des intellectuels français s'appelle Claude Levi-Strauss. Le père du structuralisme en France, académicien, sommité reconnue dans le monde entier, a 100 ans vendredi. Il vit aujourd'hui retiré et n'aura peut-être pas vent de l'agitation médiatique autour de son centenaire.
Expositions
Plusieurs institutions, comme la Bibliothèque nationale de France, organisent expositions et colloques. Au musée du quai Branly, la journée de vendredi est consacrée à la découverte de sa vie. Une vie longue, et une oeuvre considérable qui a bouleversé la pensée occidentale, notamment avec un livre, Tristes tropiques, en 1955.
Ce récit de voyages se nourrit de ses expériences anthropologiques au Brésil. « Il lui semble alors découvrir des sociétés qui vivent selon les préceptes de l'utopie qu'il appelait de ses voeux comme militant socialiste, explique Emmanuel Désveaux, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Mais, manifestement, ces modes de vie que l'on décrivait à l'époque comme « primitifs » sont voués à disparaître et il en éprouve une profonde mélancolie. »
Savoirs traditionnels
Transdisciplinaire, il mêle anthropologie, littérature, psychanalyse et philosophie dans ses travaux, depuis «Les Structures élémentaires de la parenté», au «Totémisme aujourd'hui» et à «La Pensée sauvage» en 1962 où « il montre que les savoirs traditionnels des populations exotiques ou ceux, dits populaires, de nos campagnes ne sont en rien inférieurs au savoir scientifique de nos sociétés occidentales », souligne Emmanuel Désveaux. Le reste de sa vie, il la consacre à l'analyse des mythes des Amérindiens, rassemblés dans Les Mythologiques.
Claude Levi-Strauss a connu un accueil enthousiaste du public, et des réactions mitigées de la part de ses pairs. « Le procès qu'on lui intente revient toujours à cette idée selon laquelle il aurait ignoré l'histoire et que, de toute façon, sa méthode est inadéquate pour traiter les questions du monde contemporain, tels que les migrations, les minorités, le développement de l'Internet ou que sais-je encore... Mais ces critiques sont déplacées, Levi-Strauss n'a jamais prétendu proposer une méthode apte à répondre à toutes les questions qui se posent aux sciences humaines. »