Grève dans les écoles: les mairies de gauche font de la résistance sur le service minimum d'accueil

Publié le 19 novembre 2008.

EDUCATION - 20minutes.fr fait le point sur le dispositif mis en place (ou pas) dans ses huit éditions locales...

Le service minimum d'accueil sera-t-il appliqué dans l'école de votre enfant jeudi? Le taux de grévistes étant peu ou prou de 70% chez les enseignants, comme au niveau national, cela dépend un peu de la couleur politique de la municipalité ou de l'arrondissement. Les mairies de gauche font en effet de la résistance. «20 Minutes» fait le point sur le dispositif mis en place (ou pas) dans huit grandes villes.

A Lille (PS), «on applique la loi. Mais elle est inapplicable.» Martine Aubry n'accueillera pas tous les enfants ce matin dans les école. Et pour cause, faute de personnels, un tiers des classes primaires seront fermées. Et pire, un quart des écoles resteront totalement closes.

A Toulouse, d'après les calculs de Christian Bélinguier, secrétaire départemental du SNUipp, premier syndicat du primaire, «plus de la moitié des écoles toulousaines devraient être fermées». Des établissements où la mairie (PS) ne sera «pas en mesure d’appliquer le service minimum d’accueil», en dépit de l’injonction du tribunal administratif. «Comme il nous l’a demandé, nous fournirons d’ici ce mercredi 15h, une liste du personnel qualifié dont nous disposons. Mais il sera techniquement impossible de le déployer», indique Gisèle Verniol, l’adjointe chargée de l’Education. «Je ne suis pas juriste, et il est possible que nous encourrions des astreintes financières pour cette décision. Mais entre la sécurité des enfants et ces pénalités, nous avons tranché. Il est hors de question d’ouvrir les portails des écoles et de leur lancer un ballon pour les occuper», poursuit l’élue.

Même si les centres de loisirs associés à l’école (Clae) devraient «fonctionner normalement», pour les parents d’élèves, mieux vaut prévoir des solutions alternatives de garde. «Nous les appelons à la solidarité et demandons aux parents qui ne travaillent pas de se porter volontaires pour garder les enfants des autres», indique Marie-Line Brugidou, la présidente départementale de la Peep.

A Bordeaux, la mairie de Bordeaux (UMP) ne semble pas rencontrer les mêmes problèmes, même si la mobilisation devrait être similaire au taux annoncé au niveau national (70%). Seules neuf écoles sur 98 seront fermées, faute de personnel municipal suffisant, car les agents sont eux aussi en grève. Pour les autres, la mairie mettra en place un dispositif d’accueil des enfants dans les écoles, de 8h30 à 16h30. Les familles seront informées des modalités du service d’accueil par voie d’affichage à l’entrée des écoles. Dans celles où le personnel municipal sera suffisant, un repas chaud pourra être servi à midi.

A Marseille, la mairie (UMP) a annoncé mercredi la mise en place d'un service d'accueil. Dans les mairies (UMP) des 4e, 5e, 6e, 8e, 9e et 10e, les enfants devraient être accueillis dans les centres aérés. Dans les autres arrondissements, les mairies (PS) de secteurs n’ont pas souhaité mettre en place l’accueil en centre aéré. Une école a donc été réquisitionnée dans chaque secteur : Pharo-Catalans pour les 1er et 7e arrondissements, Edouard-Vaillant pour les 2e et 3e, Merlan-Cerisaie pour les 13e et 14e, Estaque-Gare pour les 15e et 16e. Parallèlement, la préfecture a annoncé mercredi avoir saisi le tribunal administratif pour faire annuler une délibération de la commune de Port-Saint-Louis, qui refuse d'appliquer la loi d’août 2008 sur l'accueil des enfants en cas de grève. (Allo Mairie : 0810 813 813).

A Nantes, un point précis est fait par affichage dans chaque école depuis mardi. Le service minimum d’accueil (SMA) des élèves sera demain «impossible à mettre en place dans la majorité des établissements», a fait savoir la mairie (PS) de Nantes. Une «forte mobilisation» est en effet annoncée, qui pourrait être de «plus de 70 % dans au moins 80 écoles sur 115». Seule une dizaine d’écoles étant en mesure de proposer le SMA, les parents sont «invités à prendre leurs dispositions» et «assurer la garde de leurs enfants» (Info 02 40 41 9000 ou www.nantes.fr)

A Paris, la mairie (PS) a assuré mercredi être dans l’impossibilité d'organiser le service minimum d'accueil dans les conditions requises pour la grève des enseignants de jeudi qui, selon les chiffres du rectorat, devrait toucher 65 % des enseignants. Pour justifier sa position, la
mairie évoque des questions de sécurité, au regard du test effectué lors du mouvement de grève du 16 octobre dernier, et invite tous les parents d’élèves à garder leurs enfants à la maison. En octobre, la justice avait ordonné à la majorité de Bertrand Delanoë (PS) d’appliquer la loi. La municipalité a fait appel de cette décision.

Dans les Yvelines, trente-quatre communes refusent aussi d’appliquer le SMA, selon l’académie de Versailles. Dans les Hauts-de-Seine, Clichy ne le mettra pas non plus en place, estimant que l’accueil «ne répondrait pas aux conditions de qualité et de sécurité» requises.

A Strasbourg, Corinne Nicolet-Serra, secrétaire départementale du SNUipp table «sur un pourcentage global de 50% de grévistes dans le Bas-Rhin. Il y a même certaines écoles où 75% du personnel aurait l’intention de participer au mouvement». La municipalité (PS) a annoncé qu’elle n’assurera pas le service minimum d’accueil. Nicole Dreyer, adjointe à la Vie scolaire, s’en explique dans un courrier adressé aux parents: «Les données de l’inspection académique ne sont pas parvenues en totalité dans le délai de 48 heures imposé par la loi. Ce sont les services de la ville qui ont dû procéder à une évaluation de la situation pour anticiper les besoins.» Selon cet état des lieux, 18.000 des 22.500 écoliers de Strasbourg seraient concernés par la grève. Or, «sur la base d’un adulte pour 20 enfants, il faudrait mobiliser 900 personnes, ce qui excède largement les possibilités de la ville qui emploie au quotidien 530 personnes […] aux côtés des enseignants». Nicole Dreyer a en outre précisé mardi soir à «20 Minutes» que 53 écoles, sur un total de 114 établissements, devraient être totalement fermées jeudi à Strasbourg.

A Lyon (PS) «la grève de demain s’annonce massive et nous ne pourrons pas l’appliquer», indique Yves Fournel, l’adjoint au maire de Lyon en charge des Affaires scolaires. Pour respecter la loi dans les 108 écoles sur 198 touchées par le mouvement, la mairie devrait trouver «en une demi-journée 720 vacataires» pour remplacer les 720 professeurs grévistes. Une mission impossible selon la mairie socialiste, qui en octobre n’était parvenue, après cinq heures de recherche, qu’à trouver vingt vacataires. «C’est une attitude inadmissible», a réagi mardi l’opposition. «Je reconnais que la loi est plus difficile à appliquer pour les grandes villes (…), mais en l’occurrence pour la grève de demain, la mairie centrale n’a rien anticipé alors que le mouvement est annoncé depuis longtemps», a dénoncé le maire divers droite du 2e arrondissement, Denis Broliquier. «Nous ne refusons pas d’appliquer le SMA, mais nous ne sommes pas en mesure de le mettre en place dans des conditions de sécurité acceptables», rétorque Yves Fournel.

Débat: Comment allez-vous vous organiser jeudi si le service minimum d'accueil n'est pas assuré dans l'école de votre enfant? Dites-le nous en cliquant ici...
La rédaction de «20 Minutes»
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