INTERVIEW - L'arrestation de «Txéroki», chef militaire présumé de l'organisation terroriste Basque n'empêchera pas l'ETA de continuer sa lutte...
Jean Chalvidant, universitaire, spécialiste de l'ETA revient sur
l'arrestation du chef militaire présumé de l'organisation terroriste basque, ETA, dans la nuit de dimanche à lundi, à Cauterêts, dans les Hautes-Pyrénées.
Quel est l'impact de cette arrestation sur l'organisation?
Elle marque très clairement la fin d'un mythe pour l'ETA. «Txeroki» était le patron des commandos, il avait la main sur toutes les opérations, c'est même lui qui accompagnait les hommes sur le terrain. Son arrestation est donc un coup dur pour l'organisation qui perd une figure importante.
«Txeroki» était adulé et craint par ses hommes. C'est donc un pion très important qui vient de tomber. Je dirais même que c'est le plus important qui tombe depuis des mois. On entend dans les médias que «Txeroki» faisait partie d'une mouvance «dure» d'ETA, mais il faut savoir que, de toute façon, il n'y a pas de mouvance «molle» dans cette organisation. L'ETA est composée de militants très décidés. Ils sont tous durs.
Qui est «Txeroki», pourquoi jouit-il d'une telle réputation?
«Txeroki» est un homme très méfiant et très dur. Son entrée dans la «résistance» a été marquée par l'assassinat d'un juge alors qu'il était tout jeune. C'est ainsi qu'il a réussi à s'imposer. C'est un homme respecté par les opérationnels de l'organisation mais aussi un homme très méfiant qui redoutait les mouchards infiltrés. Il avait notamment mis en place des nouvelles règles de sécurité dans l'organisation pour lutter contre ces infiltrations et depuis quelques années il avait mis l'accent sur un recrutement plus jeune.
L'ETA se trouve-t-elle affaiblie par les arrestations qui se multiplient?
Ce qu'il faut savoir c'est que cette arrestation de «Txeroki» est un coup aujourd'hui pour l'organisation, mais dès demain, si ce n'est pas déjà fait, il sera remplacé par son adjoint. C'est ainsi que fonctionne l'ETA. On compte aujourd'hui 750 membres d'ETA en prison contre 300 opérationnels encore libres.
Il est clair que le travail de la police, française et espagnole, a été remarquable ces dernières années. Les arrestations se sont multipliées des deux côtés de la frontière. Mais cela ne signifie pas une mort de l'ETA. Dès qu'un membre est arrêté, il est remplacé par de nouvelles recrues.
La seule issue, pour mettre fin aux violences, sera de trouver un consensus avec l'état espagnol, car l'ETA n'arrêtera pas sa lutte tant qu'il n'y aura pas de solution politique.
Maud Descamps

Jean Chalvidant est universitaire et spécialiste de l'ETA. Il est l'auteur de «ETA, l'enquête» publié chez Cheminement.