POLITIQUE - Entre provocations et références bibliques, le discours de Royal tranche dans le congrès et piège ses adversaires.
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Les premiers sifflets ont fusé deux ou trois minutes à peine après le début de son discours. Il faut dire que Ségolène Royal avait décidé d'attaquer fort, conseillant aux militants socialistes de «nous soigner». Ségolène l'infirmière en chef d'un asile de fous? Voix légèrement cassée, renforçant une impression de fragilité et de tension, la candidate au poste de premier secrétaire n'a pas eu peur devant l'obstacle. Au contraire, elle a fait le choix de s'en créer de nouveaux, en multipliant les références religieuses qui ont déjà tellement agacé une partie des socialistes.
«Pardonnez les offenses»
Celle qui à la fin de la campagne présidentielle avait appelé, lors de son discours de Charléty, à «s'aimer les uns les autres», a exhorté à Reims les militants à «pardonner les offenses». Pire, elle a de nouveau fait référence, avec une joie ironique bien visible, à son homélie de Charléty. «Nous aurons tellement besoin les uns les autres que nous finirons bien par nous aimer... un tout petit peu», a-t-elle lancé. Dans la provocation totale, elle a demandé aux responsables d'arrêter de s'«envoyer de vulgaires coups de boule». Un vocabulaire populaire qui rappelle parfois les saillies d'une soeur Emmanuelle ou d'un abbé Pierre.
Sainte-Ségo a également invité le PS à «être plus maternel avec les plus démunis». Un style paroissial dont elle sait parfaitement qu'il ulcère ses adversaires au sein du parti, notamment du côté de son aile gauche. Une «messe» royaliste que n'ont pas goûté logiquement les fabiusiens. «Très peu pour moi, je manque d'argent pour la quête», a raillé un proche de l'ancien Premier ministre.
Des sifflets qui la renforcent
Ses opposants n'ont pas manqué de le lui faire payer, la huant à plusieurs reprises. Mais même ces sifflets étaient sans doute intégrés, voire recherchés, dans la stratégie de Royal: celle de la victimisation d'une candidate expiatoire des pêchés socialistes. Plus on la siffle, plus on la victimise, et plus on la victimise, plus elle renforce sa popularité auprès de l'opinion publique. «Ces sifflets sont la manifestation de la résistance d'un vieux parti à sa mutation en un parti moderne», a estimé après-coup Manuel Valls, un des soutiens de Royal. «Il y a des termes qui fracturent la famille socialiste», a jugé au contraire Razzy Hammadi, proche de Benoît Hamon, ajoutant que «Ségolène crée des tranchées là où nous construisons des ponts».
En fin de discours, Ségolène Royal a quitté le ciel pour revenir à ceux qui n'y croient pas. Citant en rafale les traditionnels Hugo, Blum, Mendès-France, Mitterrand, elle a poussé jusqu'au lyrique laïc et républicain («Nous sommes Jean Moulin... nous étions là le 14 juillet 1789...»). Avant de terminer, comme il se doit, par Jaurès: «Levons-nous vertu et courage, car nous rallumerons tous les soleils, toutes les étoiles du ciel», reprenant le discours de 1891 du député de Carmaux sur la Question religieuse et le Socialisme. De l'Evangile à Jaurès, voici le grand écart ségoléniste.
Et pour vous faire votre idée, voici le discours de Ségolène Royal dans son intégralité:
A Reims, Bastien Bonnefous