SANTE - Le Dr Capitain, président du syndicat des psychiatres français, revient sur la proposition de réforme de Nicolas Sarkozy...
Nicolas Sarkozy s'est saisi, jeudi, de l'affaire de l'étudiant poignardé par un schizophrène en fugue à Grenoble et a organisé une réunion de crise à l'Elysée. Dans la foulée, il a chargé les ministres de la Santé, de la Justice et de l'Intérieur
de réformer l'hospitalisation psychiatrique. Le Dr Capitain, président du syndicat des psychiatres français, revient sur les mesures proposées.
Une réforme est-elle nécessaire?
Il y a un vrai problème au niveau de l'hospitalisation psychiatrique. La loi qui la régit date de 1838, et a été aménagée en 1990, notamment pour protéger les droits des patients contre les «internements arbitraires». Une réévaluation devait avoir lieu cinq ans plus tard, mais cela n'a pas été fait. Certaines hospitalisations ne sont peut-être pas assez longues, mais attention, je me place sur le plan du soin, pas dans un cadre sécuritaire.
Vous approuvez donc le choix de Nicolas Sarkozy?
J'insiste sur le fait qu'il faut distinguer l'aspect sécuritaire de l'aspect soignant. Le gouvernement a une légitimité à se saisir de ce drame, qui inquiète la population, et de tenter d'y apporter une réponse. Mais la majorité des personnes que nous prenons en charge souffrent, et la qualité des soins doit être assurée. Je ne suis pas sûr que la judiciarisation de l'hospitalisation la garantisse.
Que pensez-vous de l'idée de créer un fichier national des hospitalisations d'office?
Nous sommes très réticents à ce sujet. C'est une réponse policière, à laquelle Nicolas Sarkozy a déjà eu recours, qui ne passe pas, et ne correspond pas à notre éthique médicale. Je crains par ailleurs que ce fait divers ne soit utilisé pour faire passer un certains nombres de mesures sécuritaires. N'oublions pas que ce genre de drames est excessivement rare. L'ensemble des patients pris en charge ne doit pas en pâtir.
Quelles solutions proposez-vous?
Le problème posé est la dangerosité des patients. Nous avons les moyens de l'évaluer, mais elle dépend avant tout de la qualité de l'hospitalisation. L'enquête dira si c'était le cas dans cette affaire dramatique. On parle de mieux encadrer la sortie des patients, c'est une bonne chose, notamment pour éviter les ruptures de traitement, mais cela implique un dispositif complexe. Et cela ne garantit pas à 100% d'éviter un passage à l'acte. Dans ce domaine, comme dans tous les autres, le risque zéro n'existe pas.
Propos recueillis par Julien Ménielle