Saboteurs des lignes TGV: l'étau se resserre sur les dix gardés à vue

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Publié le 13 novembre 2008.

TERRORISME SOCIETAL - Qui sont les pirates du rail et quels étaient leurs objectifs? On en connaît un peu plus sur leur profil...

Qui sont les pirates du rail et quels étaient leurs objectifs? Les dix personnes interpellées sont toujours en garde à vue. Ce mercredi, la justice restait prudente quant à leur implication, estimant qu'«il y a possiblement des auteurs des dégradations parmi les gardés à vue mais il n'est pas possible d'imputer une action" à tel ou tel d'entre eux. Rappelons que ce dossier ayant trait au terrorisme, la garde à vue peut durer jusqu’à 96 heures.

Pistés par le FBI


De source proche de l'enquête, on a appris, ce mercredi, que le FBI avait demandé des informations sur Julien C. et sa compagne Ydun aux services civils du renseignement français, début 2008.

Ils avaient participé, en janvier 2008 à New York, à une manifestation de la même mouvance d'ultra gauche devant un immeuble abritant des installations de l'armée américaine. Puis avaient franchi illégalement la frontière des Etast-Unis vers le Canada, transportant des «textes à caractère subversif».

Premiers résultats des perquisitions

Selon «Sud Ouest», le groupe aurait participé à la rédaction d'un ouvrage intitulé «L'insurrection qui vient», signé d'un énigmatique «Comité invisible» et paru aux éditions de La Fabrique. Dans «L’insurrection qui vient», on peut lire (voir ici en PDF): «Saboter avec quelque conséquence la machine sociale implique aujourd'hui de reconquérir et réinventer les moyens d'interrompre ses réseaux. Comment rendre inutilisable une ligne de TGV, un réseau électrique?»

On connaît par ailleurs les premiers résultats des perquisitions menées aux quatre coins du pays, et on peut affirmer qu’elles ont donné du grain à moudre aux enquêteurs. Selon une source proche de l'enquête, les policiers de la Sous-direction anti-terroriste (SDAT) ont retrouvé des documents consignant précisément les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de départ et d'arrivée dans les gares.

Arsenal de guérilla urbaine

Ils ont également mis la main sur du matériel d'escalade. Or, les «saboteurs», pour poser sur des caténaires ces fameux fers à béton en forme de crochet doté d'un système de verrouillage afin de résister au premier choc et provoquer le maximum de dégâts possible, ont dû faire un peu de grimpette.

Autre élément intéressant découvert par les enquêteurs lors des perquisitions: un document contenant des indications sur le comportement à adopter lors d'une garde à vue pour résister au mieux à la pression des policiers. Bref, un véritable petit arsenal de guérilla urbaine.

Filature et contrôles routiers

Les agents de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, anciennement les RG) et de la SDAT, qui avaient pris en filature le chef du groupe selon «le Parisien», Julien C., et son amie, Ydun, ont pu les voir en Seine-et-Marne dans la nuit de vendredi à samedi, aux abords d'une ligne TGV. Ils sont descendus de leur véhicule et ont observé les lieux, avant de repartir.

Presque dans le même temps, «au petit matin de samedi», selon une source proche du dossier, les gendarmes ont procédé à une série de contrôles routiers en Meurthe-et-Moselle. Parmi les personnes contrôlées «à proximité de l'endroit où le 26 octobre un dispositif semblable à ceux utilisés pour les sabotages avait été découvert sur une caténaire» figurent trois des dix interpellés.
 
Mais les enquêteurs ne disposent pour l'instant d'aucune preuve matérielle «qui permette de les rattacher directement aux actes de malveillance», explique une source policière. «On ne peut pas leur imputer individuellement tel ou tel fait précis», précise-t-on de source judiciaire. Les interrogatoires, qui se déroulent à Paris pour neuf des suspects et en Lorraine pour l'un d'entre eux, peuvent se prolonger jusqu'à samedi. Les suspects devront ensuite être présentés à un magistrat antiterroriste, ou remis en liberté sans charges.

L'affaire du péage de Vierzon

Qui sont ces membres de «l'ultra-gauche», tendance «anarcho-autonome», comme les a baptisés Michèle Alliot-Marie? Des liens ont déjà été établis avec les militants écologistes allemand qui s’en prennent aux lignes de trains pour stopper les transports de déchets nucléaires. Selon «le Parisien», on a retrouvé leur trace dans des actions contre le fichier Edvige, à Paris, contre le renforcement des règles européennes sur l'immigration, à Vichy, mais également à Thessalonique, en Grèce, contre l'Europe libérale, ou contre le centre de rétention de Vincennes.

Un lien a aussi été fait avec l’affaire du péage de Vierzon. Le 23 janvier dernier, la voiture d'un couple était contrôlée à cette fameuse barrière. La douane volante découvre un kilo de chlorate de soude et les plans de l'établissement de détention pour mineurs, en construction à Porcheville (Yvelines). Puis la SDAT retrouve la trace ADN de la jeune fille sur un engin explosif déposé le 2 mai 2007 contre une dépanneuse de la police garée devant le commissariat du XVIIIe arrondissement de Paris. La bombe n'avait pas sauté et un cheveu était resté collé à l'explosif. Un élément ADN que les enquêteurs n'ont pas encore dans l'affaire des pirates du rail.

Le repère de la ferme dite «Le Goutailloux»

Les dix gardés à vue vivent aux quatre coins du pays, mais le noyau est établi dans la ferme dite «Le Goutailloux», à Tarnac (Corrèze). C'est là qu'a été arrêté Benjamin R., un Franco-Belge de 30 ans, gérant de la société civile immobilière qui porte le nom de la ferme.

Avec Julien C., 33 ans, et Ydun, 26 ans, il formait une «communauté libertaire», dixit la police, qui semblait bien intégrée à la vie du village. D’autres membres habitaient dans un appartement au-dessus de la mairie de Tarnac.

Ces anars qui ont redonné vie à Tarnac

Ces interpellations ont surpris une partie des habitants du coin qui affirment que ces jeunes «très gentils et polis» avaient redonné vie au village en reprenant l'épicerie qui faisait également café et restaurant.

D'autres villageois se déclaraient moins étonnés. «Cela faisait longtemps que je me disais qu'ils tramaient quelque chose, je savais qu'ils étaient anarchistes», a affirmé une habitante. Le maire de Tarnac a simplement déclaré qu'il n'avait «pas de problème avec eux».
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