NOMINATION - Affecté en Alpes-de-Haute-Provence, Pierre N'Gahane, 45 ans, est originaire du Cameroun...
Ne pas y voir de coïncidence avec l’élection de Barack Obama... Quoique. Moins d’une semaine après l’avènement d’un président américain métis et le constat que la France est largement à la traîne dans l’intégration politique de ses communautés, Nicolas Sarkozy revient sur un terrain qui lui est cher, la discrimination positive, en nommant ce mercredi en Conseil des ministres Pierre N'Gahane préfet des Alpes-de-Haute-Provence.
D’origine africaine, Pierre N'Gahane, 45 ans, est un docteur en sciences de gestion, venu du Cameroun pour poursuivre ses études. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy l'avait débauché en 2007 de l'université catholique de Lille, dont il était le vice-président, pour lui proposer le poste, tout nouvellement créé, de préfet à l'Egalité des chances dans les Bouches-du-Rhône.
Le «coup» Roselmack
Confiant à plusieurs reprises son intérêt pour «l’affirmative action» américaine, Nicolas Sarkozy s’est affirmé le chantre de la «diversité», concept un peu fourre-tout, mais moins sujet à polémique que la discrimination positive.
Il avait proposé la nomination très médiatisée d’un préfet «musulman»,
Aïssa Dermouche, en 2004, avalisée par Jacques Chirac. A l'UMP, il avait promu des candidats issus des minorités. Il avait aussi annoncé l'arrivée d'Harry Roselmack sur TF1 en primeur, devant le
Club Averroes en février 2006, avant même que le patron de la première chaîne ne rende public ce nouveau visage du «20 heures».
Nicolas Sarkozy s'était enfin entouré de trois ministres de la diversité dans son gouvernement: Fadela Amara, Rachida Dati et Rama Yade.
Obama réveille les ardeurs
L'élection d'Obama a donc réveillé les ardeurs du chef de l’Etat en matière de diversité. Et tant pis si Obama lui-même incarne une société post-raciale et n’est pas spécialement favorable à la discrimination positive, par exemple pour ses filles Sasha et Malia dans leurs futures grandes études.
Les groupes qui revendiquent une politique plus ciblée de promotion ont pu étoffer leurs revendications avec Obama.
Patrick Lozès, le président du Conseil représentatif des associations noires (Cran), a ainsi été reçu à l'Élysée lundi dernier pour demander de la couleur sur les listes des élections européennes.
Sur 20minutes.fr,
il expliquait ainsi jeudi dernier: «Il ne suffit pas de célébrer l’élection de Barack Obama loin de chez nous. Il ne suffit plus de se demander si un Barack Obama à la française est possible. Il est temps de s’en donner les moyens.»
Grenelle de la diversité
Cette démarche de Lozès a provoqué l’agitation de plusieurs autres associations, dont celles des Domiens, qui lui contestent le «monopole des noirs». Et le
manifeste de la diversité de Yazid Sabeg, pour l'alliance de toutes les minorités visibles, vient juste de ressortir des cartons. L’effet Obama, encore, l’effet.... Carla Bruni-Sarkozy, aussi. Rappelant qu'elle fut marraine de SOS Racisme, la Première dame a déclaré dans le «JDD»: «Les gens des cités doivent devenir le pouvoir à leur tour». Juste dans la page mitoyenne de la tribune de Yazid Sabeg...
La Première dame soutient cette initiative et des membres de l’UMP la pensent «en mission». L'Elysée n’a cependant rien laissé filtrer, mais l’idée d’un «Grenelle de la diversité» commence à faire son chemin.
En attendant, le chef de l’Etat dégaine les nominations dans le corps de l’Etat pour contenter les partisans d’une certaine ethnicisation de la politique française. Sans pousser le débat plus loin: rappelons que dans les années 1970-80, l’«affirmative action», véritable doctrine politique, touchait nombre de secteurs de la société américaine. A commencer par le secteur primordial de l’université.
Une ficelle trop grosse?
Et si Nicolas Sarkozy dépoussiérait avec une brosse les uniformes de préfet et caressait doucement la surface de l’iceberg? Certains hauts fonctionnaires, fils d’émigrés, ont déjà refusé par le passé de devenir une publicité pour la «diversité», tant la ficelle était grosse selon eux.
L’essentiel du mouvement d’intégration se fait ailleurs, en toute discrétion, soulignent certains. Beaucoup des enfants d'immigrés les plus doués «se tournent maintenant vers le privé. Ils pensent à sortir de la misère, à constituer une classe moyenne», explique au
«Figaro» François Touazi, signataire du manifeste pour la diversité et ancien diplomate lui aussi passé à l'entreprise.
M.Gr.