SPECTACLE - Rencontre avec l'ancienne actrice, aujourd’hui épanouie sur la scène de Bobin'O, à Paris...
Elle parle à cent à l'heure, refait le monde du cabaret, éclate de rire et prend même le temps de chanter pour vous. L'hyper active Clara Morgane est sur la TNT le jour et sur la scène de Bobin'O le soir avec une quarantaine d'artistes, tout en gérant sa petite entreprise de lingerie sexy (forcément) et son deuxième disque (en 2009). Elle prend le temps de nous parler un peu de sa nouvelle vie et faire le bilan de sa carrière d'actrice porno qui l'a révélée au grand public.
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Pas trop dur de se mettre au cabaret?
Ce n’est pas fatigant, parce que j’adore ça. J’avais une certaine image du cabaret avant, un peu vieillotte, un peu ringarde. Je ne suis pas forcément bon public! Le Lido, le Moulin Rouge, ce sont des mythes, je n’ai clairement pas ma place là-bas, surtout en meneuse de revue...
Et puis Gérard Louvin m’a proposé de venir à Bobin’O.
Et vous vous y plaisez?
Oui, vraiment, parce que c’est jeune, c’est du cabaret nouvelle génération, je me sens à l’aise ici. C’est la digestion d’un ancien cabaret avec de nouveaux artistes. Il y a à la fois plein de références à
Jean-Marie Rivière, et des titres électro pop comme les miens.
Difficile de se produire en public?
Non, je suis plutôt bien préparée. Je sors de la tournée de mon premier album, plutôt R&B pour le coup, pour lequel j’ai beaucoup dansé, fait de nombreuses salles, de discothèques, de villes avec des plateaux multi-artistes. J’ai fait ça pendant deux ans, je suis rôdée.
On apprend...
J’ai eu une formation géniale. Quand tu passes de scène en scène, parfois, l’organisation est catastrophique, parfois super. Tu ne sais jamais sur quelle salle tu vas tomber, même dans une boîte, il faut venir bien avant, contrôler l’accoustique, amener son ingénieur son, coacher les danseuses. Ici, à Bobin'O, j’arrive, c’est simple. Le son est prêt, la scène est là, même le public est là (rires), il n’y a pas de mauvaises surprises, c’est très pratique, très agréable.
Je peux me concentrer sur le chant, sur la danse. J’ai fait dix ans de danse classique, mais bon, pas de cabaret ni de hip hop!
Vous gérez, avec les talons?
Ça va! Je n'ai jamais dansé en basket, si tu veux (rires).
Vous avez changé complètement d’optique de carrière...
Je ne sais pas si c’est chic, je me pose pas cette question, je vais là où j’ai envie d’aller. J’ai la chance de pouvoir être sur la scène tous les soirs pour faire ce que j’aime le plus au monde: chanter mes chansons, avec mes textes.
Je suis d’abord une diseuse de textes. J’adore raconter. Tout l’été, j’ai bossé sur mes deux sons, je suis très attentive à la production, à la mélodie, j’écris mes textes toute seule, j’aime beaucoup la littérature.
La littérature?
Tout le monde me dit: «Tu écris aussi?» Mais à la base, je suis une littéraire et c’est ce que je sais faire de mieux. J
’aime beaucoup le chant, donc j’ai pris beaucoup de cours, alors attention, je ne suis pas du tout une chanteuse à voix, j’ai dû trouver une tonalité qui me correspond, un style.
Comment vous placez-vous par rapport à votre carrière d’actrice porno?
Je me place avec... huit ans de plus. En 2001, j’ai eu besoin de passer par la case X parce que j’avais besoin de me prouver d’exister, de dire merde à tout le monde. Je voulais voir mes limites. J’avais vraiment besoin de me tester, parce que j’ai eu une éducation très rigoriste, assez cadrée, je n’avais pas le droit de sortir en boîte... J’avais besoin de me prouver que j’existais, tout simplement. Ça a duré moins d’un an, j’ai fait six films avec mon chéri d’alors, Greg. J’aurais jamais pu faire des scènes avec des gens que je ne connaissais pas, il y a des gens qui peuvent le faire, moi c’est une capacité que je n’ai pas. C’était une expérience, je n’ai jamais envisagé le X comme un métier.
Est-ce que vous pensiez que ça vous servirait de tremplin?
C’était une case, un truc dans ma tête, je partais de Marseille pour vivre autre chose. J’étais en BTS Action commerciale, dédiée à une carrière dans la banque... Et je préférais tout sauf ça. Je m’emmerdais à Marseille, mes parents sont coiffeurs, j’avais envie d’autre chose. J’étais une rêveuse.
Le X, ce n’était pas pour moi une voie magnifique. Ce challenge-là, ce genre s’est imposé à moi, parce que j’ai rencontré un réalisateur (
Fred Coppula, ndlr). Je me suis dit: «OK, c’est juste une façon d'être libre, de changer, de monter à Paris, et puis on verra ce que la vie me réserve.» Je n’avais pas envie de trop calculer non plus. Ce que je savais, c’est que j’allais être quelqu’un à part en faisant ça. Et cela allait plus coller à ce que je suis vraiment, que de rester là où j’étais.
Et...
Et puis la vie m’a guidée, telle que je le rêvais. Des magazines comme «FHM» sont venus vers moi, Canal+ avec le «Journal du hard», Cauet ou Ardisson m'ont invité... Tout ça, je n’y pensais pas. On ne peut pas prévoir que Canal+ va vous appeler pour animer une de ses plus anciennes émissions, même si c’est du X, qui a été présentée par Vandel ou Devoise. Alors moi, bien sûr, je dis «oui je sais faire», alors que je ne sais pas. Et puis je m’adapte, je fais au mieux, ça passe ou ça casse... Et puis pour l’instant, j’ai de la chance, ça passe!
Ça ne vous embête pas que l’étiquette vous colle à la peau?
Je ne peux pas aller contre. J’ai 27 ans maintenant, j’ai appris ça. C’est sûr que cela m’a parfois énervée. Mais honnêtement, si les gens viennent au cabaret pour moi, déjà c’est extraordinaire. S’ils disent «on vient voir Clara Morgane parce qu’il y a plusieurs années elle a fait du X», à la limite c’est presque ridicule, ça me fait rire... Au moins ça les fait venir, ils vont être étonnés, je vais leur faire vivre ce que je suis aujourd’hui. Et plus ce que j’ai fait il y a sept ou huit ans.
Je suis peut-être ici grâce à ma carrière dans le X. Un peu, mais pas complètement, selon moi.
Des regrets?
Pas du tout. Moi cela m’a mené ici, j’ai pris peut-être un chemin
super sinueux, super compliqué, mais en tout cas c’est le mien, c’est le chemin par lequel psychologiquement j’avais besoin de passer.
Vous avez gardé votre nom de scène?
C’est moi. C’est mon chemin, il n’est peut-être pas facile à comprendre, mais ce n’est pas prémédité. Cela a été une continuité, il n’y a pas de reconversion à aucun moment, je me suis dit «oh la la maintenant c’est différent». Ce sont des étapes. Toute ma famille est venue me voir à Bobin’O, ils étaient très fiers. Mais ce n’était en aucun cas pour effacer la déconvenue que je leur avais causé en faisant du X.
Recueilli par Mathieu Grégoire
Clara Morgane dans le dernier spectacle de
Bobin'O,
du mercredi au samedi
20 rue de la gaité, près de la gare Montparnasse
Tel: 01 43 27 24 24