Royal surfe sur les envies de changement des adhérents

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Publié le 7 novembre 2008.

POLITIQUE - Elle termine en tête du vote des adhérents avec 29% des suffrages, devant un Bertrand Delanoë déconfit...

C’est le retour de la madone du PS. Avec 29% des suffrages des adhérents, Ségolène Royal a créé la surprise jeudi soir et revient en position de force dans l’appareil partisan, une semaine avant le congrès de Reims. Ce résultat lui donne la «légitimité» pour briguer le poste de premier secrétaire, et elle entend bien que le «vote soit respecté», et non dissout dans les futures tractations entre ténors.

Diriger le PS ne semble pas pour l’instant le but avoué de la présidente de la région Poitou-Charentes, qui a répété ce vendredi sur France Inter qu’elle ne ferait pas acte de candidature, qu'elle avait mise «au frigidaire» en septembre. De son côté Julien Dray, un de ses fidèles, lui a ouvertement rappelé sur RMC qu’il ferait un patron idéal et certainement pas un obstacle pour ses grands desseins nationaux.

La symbolique défection de Jospin

Derrière Royal, les motions de Martine Aubry et de Bertrand Delanoë sont au coude à coude. Le maire de Paris recueille 24,9 % des suffrages contre 24,4 % pour la maire de Lille.

Cette seconde place ne ravit aucunement Delanoë et Hollande, qui apparaissent comme les grands perdants de la soirée d’élection. Confiants ces dernières semaines, ils partaient favoris et avaient multiplié les appels pour une majorité claire, Hollande rééditant sa stratégie de 2003 et 2005 en stigmatisant les divisions et l’éclatement. C’est exactement ce qui s’est passé cette année mais l’actuel premier secrétaire en sort affaibli.

C’est une fin amère pour François Hollande, au moment de dresser le bilan de ses onze années à la tête du PS. «Il s’agit d’un vote anti-establishment. Un coup de tonnerre contre la direction sortante et les grands élus», a confié le fabiusien Claude Bartolone, partisan de Martine Aubry. Plus symbolique, le choix de Lionel Jospin, qui soutenait la motion Delanoë, de ne pas participer au scrutin renforce ce sentiment de désaveu.

Delanoë, dauphin déconfit

Des proches de Bertrand Delanoë déplorent ce vendredi le ralliement du maire de Paris à une direction sortante essoufflée. Le maire de Paris est même bousculé jusque dans son fief parisien. Selon les résultats définitifs, sa motion l’emporte avec 2548 voix de militants, soit 36,75%. Très loin des 50% qui étaient l’objectif de son équipe du maire de Paris. Ségolène Royal le suit avec 25,27% des suffrages (1752 voix).

Mais l’autre enseignement de cette soirée est la prime donnée par les militants à la volonté de changement. Allant jusqu’à proposer le remboursement des cotisations des adhérents en difficulté financière afin de les inciter à voter, Ségolène Royal a martelé son envie d’une «transformation profonde» et d’un «renouveau du parti», qui dépasse le cadre des militants classiques. Renouant avec sa stature de candidate à la présidentielle voulant transcender les clivages.

Ségolène Royal a également été plus offensive sur le plan économique et financier avec la crise, proposant la constitution d’un pôle public bancaire, souhaitant imposer aux entreprises qui délocalisent le remboursement des aides qui leur auraient été versées. Cette proposition, il y a deux ans encore, était seulement portée par les communistes du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, et regardée avec condescendance par leurs alliés socialistes.

La surprise Hamon

A côté, l’image de «socialiste et libéral», revendiquée par Delanoë cet été, s’est transformée en boulet pour le maire de Paris. Ses adversaires, notamment Martine Aubry, ont rappelé la nécessité de réactiver «les valeurs de gauche», n’hésitant pas à moquer, dans le contexte de la crise, leur «socialiste et libéral» de collègue, dont la rupture très tranquille avec l’ère Hollande n’a pas convaincu.

L’autre surprise, qui souligne ce désir de changement, est à mettre sur le compte de Benoît Hamon, dont la motion réunit l’aile gauche du PS. Il a réalisé un score de 18,7 %, alors qu’on lui promettait beaucoup moins. «Ce sont sur nos thèmes que s’est engagée la préparation du congrès», a confié le député européen en confirmant sa candidature au poste de premier secrétaire.

Les motions alternatives Utopia et pôle écologique tournent autour de 1,5 %. Le taux de participation a atteint 55 %.

Place désormais aux négociations pour atteindre la majorité lors d’un congrès qui promet d’être plus animé que les précédents. Ce vendredi matin, Hollande a estimé que la victoire de Ségolène Royal «ne lui permet pas d’être majoritaire dans le Parti socialiste». Il appelle ainsi les tenants des quatre motions à «chercher ensemble les voies d’un rassemblement». Pour l’instant impénétrables.


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