Michelle Obama, First Lady de volonté

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Publié le 20 janvier 2009.

PORTRAIT - Ou comment une gamine des banlieues pauvres de Chicago est devenue la Première dame des Etats-Unis...

Si Barack Obama est devenu le 44e président des Etats-Unis, c'est, dit-on, parce que Michelle lui en a donné l'autorisation. Et parce qu'elle a accepté de démissionner de son poste à la direction du Centre médical de l'Université de Chicago pour lui permettre de s'y consacrer. Son mari assure d'ailleurs qu'il la consulte systématiquement avant de prendre toute décision importante. Liza Mundy, journaliste au «Washington Post» et auteure d'un livre sur la «first lady», la situe entre Hillary Clinton et Laura Bush: moins controversée que la première, mais plus active que la seconde.

Pourtant la gamine du South Side, les quartiers blacks et défavorisés de Chicago, devra s’y faire: au lendemain de sa première apparition auprès de son président élu de mari, en novembre dernier, la presse n'avait parlé que de sa garde-robe. Son élégante robe rouge et noire Narciso Rodriguez, coupable de la «boudiner», avait déclenché un tollé. Le petit monde de la mode avait même spéculé sur sa toilette idéale pour la cérémonie d'investiture. Celle que l'on surnomme déjà la «Jackie Kennedy noire» l'affirme d'ailleurs souvent: «Je suis une singularité statistique. Je ne suis absolument pas censée être là.»

Michelle la consciencieuse
Apparence et Maison Blanche, la voilà bien loin, à 45 ans, du deux-pièces où elle vivait au sein d'une famille soudée. Son père, Frazer Robinson, travaille pour la mairie, malgré sa sclérose en plaques. Maman, secrétaire, va élever Michelle et son frère, Craig. Mais elle n’a pas la vie d’une Cosette. Elle est d’abord une jeune fille décidée, plus bûcheuse que brillante, qui va s’en sortir grâce à son travail (lever à 5h pour faire ses devoirs) et, selon elle, au talent de basketteur du frangin, star de l’équipe universitaire de Princeton, où elle-même sera admise en 1981.

Retour sur son enfance dans le South Side:


Michelle la sarcastique
C’est à Princeton que Michelle va commencer à faire parler son tempérament un peu désabusé, «amer» disent ses détracteurs. Celle qui déteste perdre remettait à leur place ses profs de français parce qu’il n’y avait pas assez de travaux pratiques, selon son frère. «Fais comme si tu ne la connaissais pas», lui conseillait sa mère. Sur un campus très blanc, elle se décrit «comme une visiteuse». Un sentiment qui va largement inspirer sa thèse de sociologie, dont le sujet, la division raciale, ne laisse rien au hasard: «L’immersion dans une institution blanche éloigne-t-elle les Noirs de leur communauté?», s’interroge-t-elle. Ses conclusions sont teintées de scepticisme. «La structure sociale et culturelle blanche» risque de laisser les noirs, même ceux éduqués comme elle, à la «périphérie de la société». La rencontre avec Barack Obama, et leur osmose, va finalement la mener au cœur de celle-ci.

Son lumineux discours à la convention démocrate:


Michelle le roc
La scène est connue, on se croirait dans «Nuits blanches à Seattle». En 1989, grande et longiligne avocate dans un cabinet d’affaires de Chicago après avoir terminé la faculté de droit de Harvard, Michelle doit s’occuper d’un jeune stagiaire d’été arrivant lui aussi de Harvard, un certain Barack Obama. Ils se jaugent, finissent par aller voir au cinéma le film de Spike Lee «Do the Right Thing». Pendant la séance, elle lui permet de caresser son genou, ils s’embrasseront ensuite au magasin de glaces Baskin Robbins de la 53e rue. Barack et Michelle se marient en 1992, elle va devenir son «roc», comme il la surnomme. Elle lui donne une famille et des attaches, alors que Barack est d’abord un voyageur qui n’a jamais connu les affres de la ségrégation.

Elle soupèse toutes ses décisions, joue l’avocat du diable. «Vous voulez savoir comment Barack se prépare pour un débat?», lâche-t-elle un jour. «Il lui suffit de passer un peu de temps avec moi, et il est prêt.» Elle posera ses conditions avant que le couple ne s’engage dans l’aventure présidentielle: la promesse que son mari verra ses filles au moins une fois par semaine, et qu'il arrête de fumer. Mais, à la voir bondir sur les podiums à la fin de chaque discours de son mari pour lui donner un petit geste du poing, on comprend comment elle vit: à fond.

La grande Michelle mène la danse dans le couple:


Michelle la bonne mère de famille
La sarcastique Michelle a dû polir son image. Pour habituer le peuple américain à la première First Lady noire de son histoire, pas question de passer pour une féministe sèche et acharnée. Elle doit rassurer, se cantonner à une image maternelle, pleine de douceur et de générosité. Comme Hillary Clinton, elle a l’air très ambitieuse, trop pour l’électeur. «Elle semble vouloir la Maison Blanche autant que son mari», avait écrit «Newsweek» après les primaires démocrates. Contrainte de calmer sa fougue, elle multiplie les anecdotes sur ses filles Malia, 10 ans, et Sasha, 7 ans, à la télévision et se présente avant tout comme une «Première Maman». A la Maison Blanche, elle s’occupera avant tout de ses enfants, et se défend de toute ambition politique. Le site de l'équipe de transition l'assure: «Michelle a hâte de continuer à travailler dans les domaines qui lui tiennent à coeur: soutenir les familles de militaires, aider les femmes qui cherchent à conjuguer travail et vie de famille, et encourager le bénévolat». Sans bureau dans l’aile réservée au Président. Pour l’instant.

Les Obama interviewés en famille:

M.Gr. et J.M.
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