JUSTICE - Après une bagarre générale mardi, et une reprise des débats tendue mercredi, l'audience de jeudi a été suspendue...
Ce jeudi, ils vont souffler avec la suspension décidée par la présidente Janine Drai. Car les douze jurés de la cour d’assises de Paris en voient de toutes les couleurs depuis un mois.
Après un début de procès déjà folklorique, le tribunal était carrément en ébullition mardi dernier. Une bagarre générale a éclaté dans le box des accusés.
«Vous nous manquez de respect»
Mardi, 18 heures. Janine Drai interroge Salima, la compagne de l’accusé Moussa Traoré, un colosse accusé d’être l’homme de main de Ferrara: «Quand avez-vous eu votre première relation sexuelle avec lui?» Elle n’ose répondre. Son mec s’emporte, derrière la vitre blindée: «Ca ne vous regarde pas. Vous nous manquez de respect.» La tension monte.
Elle va éclater juste après. Dans le box,
Ferrara rédige un petit mot pour son défenseur, Me Moroni. Le mode normal des accusés pour poser leurs questions à leurs avocats. Le garde derrière lui intercepte le papier. Nino s’énerve. «Toi, tu touches pas à ça.» Puis il s’adresse à Janine Drai: «Ca suffit maintenant, on n’a pas à toucher aux mots que je passe à mes avocats.»
S’en suit une grosse échauffourée dans le box, les onze compères de Ferrara crient, tapent (coups de poing, coups de boule), l’escorte sort les tasers mais ne tire pas. Les jurés sont évacués. C’est la panique dans la salle, où certains accusés comparaissant libres (
Karim Achoui,
Hocine Kroziz) se font tout petits, des témoins paniquent (comme la surveillante du mirador de Fresnes,
victime de tirs pendant l’évasion), les familles et les proches des accusés lancent des insultes à l’envi.
C’est finalement
le Petit Ferrara, qui sur la demande de Janine Drai, invitera à l’apaisement au micro: «Calmez-vous, ça suffit.»
Le procès n’est pas reporté
Après cette bagarre générale, les avocats et Janine Drai se sont écharpés mercredi sur la question d’un report du procès.
La défense, dénonçant des conditions inéquitables, a
demandé un ajournement, comme Me Moroni, le conseil de Ferrara: «Ce garçon n’est pas Hanniblal Lecter, n’a pas de sang sur les mains, et on le traite pire que les Fourniret... Qu’il soit jugé dans des conditions humainement acceptables.»
Pour les parties civiles, c’est au contraire «une prise d’otage de la cour, une façon de manipuler la justice.» Pour l’accusation, ce déchaînement de violence est la «manifestation de la vérité, crue.»
Selon un avocat cité par «Libération», «les jurés ont vu là en direct le commando qui attaque la maison d’arrêt de Fresnes après le top départ de Ferrara.» Stratagème de la bande à Ferrara ou réactions simplement humaines de prisonniers à l’isolement depuis plusieurs années, toujours est-il que la violence a gagné le prétoire.
Janine Drai a
finalement refusé mercredi un renvoi du procès. Mais a été obligée de le suspendre 24 heures à cause d’un nouvel écueil. Ferrara et quatre de ses acolytes ont récusé leur bataillon d’avocats pour protester et ne veulent pas sortir de cellule.
M. Gr.