Gangs, meurtres, viols… Inglewood, dans la grande banlieue de Los Angeles, fait partie de ses coins, comme Compton, que les guides touristiques vous conseillent d’éviter. Et si plusieurs centaines de personnes sont rassemblées sur le parking de l’église First Church of God, ce mardi matin, c’est pour quelque chose que beaucoup n’ont jamais fait: voter.
«J'ai 30 ans, je suis noir et je n'ai jamais voté», explique Oliver, un peu embarrassé. Mais cette fois-ci, c'est différent. «Pas parce que Obama est noir, ça c'est du bonus. Mais parce que qu'après 8 ans de Bush et notre économie pourrie, on a vu l'impact que pouvait avoir un mauvais président». Oliver est né à Inglewood, y a grandi et enseigne désormais l’histoire à des lycéens. «Je ne pouvais pas passer mon temps à leur expliquer que c’est important de voter, qu’il n’y a pas si longtemps, ce n’était même pas un droit pour les noirs, et ne pas venir aujourd’hui.» D’Obama, il n’attend pas des miracles: «Il n’a pas de baguette magique, ca prendra du temps pour redresser l’économie».
«Je vais voter pour McCain mais je ne peux pas le dire trop fort»
Oliver n'est pas tout seul. Il y a Will, 26 ans, Kellie, 24 ans, et Kyle et Randy et beaucoup d’autres. C'est leur première fois à tous. «Peut-être qu’on sera déçu», dit Will, mais au moins, on aura essayé». Votent-ils pour Obama à cause de sa couleur de peau? «Non», répondent-ils tous en cœur. «Ca pourrait-être Hillary Clinton, ça serait pareil», poursuit Kellie, une infirmière qui a à peine eu le temps de repasser chez elle après sa garde de nuit. Elle conclut: «Après huit ans de Bush, tout sauf un républicain». Tous sont néanmoins d’accord et c’est Kyle, qui a pris un jour de congé pour voter, qui résume: «Si Obama gagne, ca sera un message fort et positif à tous les noirs: il n’y a plus de limite».
Un peu plus loin, l’un des seuls hommes blancs (moins de 15% de la population d’Inglewood) patiente avec sa femme. «Vous êtes Français? Dommage que Charles de Gaulles ne soit pas candidat cette année, je voterais pour lui», plaisante Ellion en réajustant sa casquette «Vétéran du Vietnam». Le choix de ce Néerlandais naturalisé américain? Il chuchote: «John Mcain, mais je ne peux pas le dire trop fort, je prendrais surement une balle ici». Il poursuit, encore plus bas: «Obama me fait peur. Ses associations troubles, sa belle rhétorique, il me rappelle Hitler à ses débuts».
A la sortie, Philip, 72 ans, qui a dû patienter deux heures, montre fièrement son autocollant «J’ai voté». «Je ne le fais pas pour moi mais pour tous mes petits enfants», confie-t-il. «Regardez tout autour, tout ce monde. Obama va gagne, c’est sûr». Cette mobilisation de l’électorat noir ne fera pas de différence en Californie, où Obama devrait distancer McCain de plus de 20 points. Mais dans des Etats serrés comme la Caroline du nord ou la Virginie, ça pourrait tout changer.